À compter du 1er avril 2026, la Douane camerounaise entame ainsi une nouvelle phase de modernisation. L’ambition affichée est claire : digitaliser entièrement le contrôle des importations de terminaux connectés afin de neutraliser les réseaux frauduleux et sécuriser les recettes de l’État.Présentée le 31 mars 2026 à Yaoundé lors d’une rencontre avec la presse par le Directeur général de la Douane camerounaise, cette réforme marque un tournant dans la gouvernance fiscale du secteur numérique.
L’alerte est sérieuse. L’administration douanière camerounaise fait face à une baisse spectaculaire des recettes issues de l’importation des téléphones portables. Selon des données rendues publiques le 23 mars dernier à Douala, les prélèvements mensuels sont passés d’environ 2 milliards de FCFA au début des années 2000 à seulement 100 millions de FCFA en 2025.Cette chute intervient pourtant dans un contexte de forte croissance du secteur. En 2024, le marché de la téléphonie a généré près de 829,9 milliards de FCFA de revenus. Un paradoxe qui met en lumière l’ampleur d’une contrebande devenue structurelle.
Fraude massive et failles du système traditionnel
Depuis plusieurs années, la Douane lutte contre des pratiques frauduleuses persistantes : importations informelles, sous-déclarations de marchandises et insuffisances du contrôle physique aux frontières. Résultat : une érosion continue des recettes fiscales dans un segment pourtant stratégique.Face à un dispositif de contrôle jugé inadapté à la réalité du commerce moderne, l’administration a décidé de changer de paradigme en misant sur la technologie.
L’IMEI au cœur du nouveau dispositif
La réforme repose sur l’identification systématique des terminaux grâce à leur numéro IMEI, considéré comme l’empreinte unique de chaque appareil. Désormais, tout téléphone importé devra être enregistré dans une base de données centralisée.Concrètement, les opérateurs économiques transmettent les numéros IMEI via un manifeste électronique dès l’importation. Le système douanier analyse ensuite automatiquement les caractéristiques des appareils (marque, modèle, catégorie), génère une déclaration et calcule les droits et taxes à payer.Une fois ces obligations remplies, les informations sont transmises aux opérateurs de téléphonie mobile, qui autorisent la connexion des appareils au réseau.
Blocage des appareils non conformes
Dans ce nouveau mécanisme, tout téléphone non enregistré ou non régularisé pourra être bloqué et empêché d’accéder aux réseaux mobiles. Une mesure dissuasive visant à assécher les circuits informels.Le taux de taxation est fixé autour de 33,33 %, mais appliqué sur des bases ajustées selon les catégories de produits. L’objectif est double : réduire la pression fiscale réelle sur les consommateurs tout en élargissant l’assiette de taxation.
Responsabilisation des vendeurs et des consommateurs
La réforme ne concerne pas uniquement les importateurs. Elle introduit également une responsabilisation accrue de toute la chaîne de distribution.À terme, les consommateurs pourront vérifier en temps réel le statut douanier d’un téléphone avant achat grâce à des outils numériques en cours de déploiement. Quant aux vendeurs agréés, ils devront impérativement se conformer aux nouvelles règles sous peine de sanctions.
Une réforme stratégique pour la souveraineté économique
Dans un secteur qui représente à lui seul 81 % du chiffre d’affaires des télécommunications au Cameroun, la restauration de l’équité fiscale apparaît comme un enjeu majeur.



