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Précarité menstruelle : l’urgence silencieuse qui menace l’éducation des jeunes filles

Entre absence de protections hygiéniques, tabous et pauvreté, des adolescentes camerounaises paient chaque mois le prix de leurs menstruations.

Élève au lycée Bilingue de Yaoundé , Mireille Fogang , 13ans, se souvient encore du jour où ses règles l’ont trahie devant toute la classe.« Je n’avais pas de serviette hygiénique ce matin-là. Pendant le cours de mathématiques, mes camarades ont vu les taches sur mon uniforme. Tout le monde riait. J’ai quitté la salle en pleurant », raconte-t-elle.Depuis cet épisode, l’adolescente avait préféré rester à la maison pendant ses menstruations. Trois à quatre jours d’absence en cours . Une situation loin d’être isolée au Cameroun.

Des chiffres alarmants

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La précarité menstruelle touche des millions de jeunes filles en Afrique subsaharienne.

Selon l’UNICEF et plusieurs organisations de santé reproductive :1 fille sur 10 en Afrique manquerait l’école pendant ses règles ;certaines adolescentes perdent jusqu’à 20 % du temps scolaire annuel à cause des menstruations ;dans plusieurs pays africains, plus de 50 % des écoles ne disposent pas de toilettes adaptées à l’hygiène menstruelle.Au Cameroun, les associations de terrain constatent une aggravation du phénomène dans les familles à faibles revenus, où le paquet de serviettes hygiéniques représente une dépense difficile à assumer.

Dans plusieurs quartiers populaires de Yaoundé et de Garoua, certaines adolescentes utilisent encore :des morceaux de tissu ;du papier journal ;du coton improvisé ;voire plusieurs sous-vêtements superposés.Des pratiques qui augmentent les risques d’infections et d’inconfort.

Quand les règles deviennent un obstacle à l’éducation

Au-delà de l’aspect sanitaire, la précarité menstruelle constitue aujourd’hui un véritable frein à la scolarisation des filles.Dans plusieurs établissements publics, les infrastructures restent insuffisantes :absence d’eau potable ;toilettes insalubres ;manque d’intimité ; inexistence de poubelles hygiéniques.« Beaucoup d’élèves demandent à rentrer chez elles lorsqu’elles voient leurs règles arriver à l’école », explique une enseignante.

Pour certaines adolescentes, les absences répétées entraînent :une baisse des résultats scolaires ; une perte de confiance ; un risque accru d’abandon scolaire.Le poids des tabousAu Cameroun, les menstruations restent entourées de nombreux préjugés. Dans certaines familles, le sujet demeure presque interdit.De nombreuses jeunes filles disent avoir vécu leurs premières règles dans la peur, faute d’informations.« Je croyais que j’étais malade », confie Sandrine NGA , élève en classe de cinquième dans le même établissement.

Le manque d’éducation menstruelle favorise également les moqueries et la stigmatisation dans les écoles. Certaines adolescentes préfèrent s’isoler plutôt que de subir les humiliations de leurs camarades.

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Des initiatives pour changer les choses

Face à cette urgence sociale, des associations camerounaises multiplient les campagnes de sensibilisation.

Dans plusieurs régions, des ONG : distribuent des kits hygiéniques ; organisent des causeries éducatives ;forment les jeunes filles à fabriquer des serviettes réutilisables ;sensibilisent aussi les garçons pour réduire les discriminations.Certaines écoles expérimentent également des « coins santé » destinés à accueillir les élèves pendant leurs menstruations.Mais pour les acteurs de la société civile, ces efforts restent insuffisants sans une politique publique forte.

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Briser le silence pour sauver des parcours Scolaires

Pour les spécialistes de l’éducation, lutter contre la précarité menstruelle ne relève pas uniquement de l’hygiène : il s’agit aussi d’une question d’égalité des chances.« Une fille ne devrait jamais choisir entre sa dignité et son éducation », insiste une responsable associative.Alors que des milliers d’adolescentes continuent de manquer les cours chaque mois, le défi reste immense : rendre les protections hygiéniques accessibles, améliorer les infrastructures scolaires et surtout lever le tabou autour des règles. Car derrière chaque absence liée aux menstruations se cache parfois un rêve d’avenir qui s’éloigne.

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Myriane Djamegne

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