Le Cameroun améliore progressivement sa compétitivité, mais à un rythme encore insuffisant pour corriger durablement les fragilités de son économie. C’est l’un des principaux enseignements de l’édition 2025 paru en août 2026 du Rapport sur la compétitivité de l’économie camerounaise.
Élaboré avec la contribution des administrations publiques sectorielles et des organisations représentatives du secteur privé, le document dresse un état des lieux des performances économiques du pays et identifie les leviers susceptibles de renforcer sa position dans les chaînes de valeur mondiales.Cette nouvelle édition accorde une attention particulière à l’innovation, considérée comme un facteur déterminant de la compétitivité à long terme. Pour les auteurs du rapport, la capacité du Cameroun à transformer son potentiel scientifique, technologique et entrepreneurial en gains de productivité constitue désormais un enjeu majeur.
Une compétitivité qui progresse, mais reste fragile
L’économie camerounaise a fait preuve de résilience en 2025, malgré un environnement marqué par les crises sécuritaires et les tensions post-électorales. La croissance du Produit intérieur brut (PIB) a toutefois ralenti de 0,4 point pour s’établir à 3,1 %, un niveau supérieur à celui de la CEMAC, mais inférieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne.Le rapport relève également une décrue de l’inflation, même si l’évolution des prix demeure au-dessus du seuil communautaire de 3 %. Sur le marché intérieur, le taux de pénétration des produits étrangers s’est établi à 18,2 % en 2025, soit une baisse de 2,1 points par rapport à 2024.Cette évolution ne suffit cependant pas à dissiper les fragilités structurelles. Le déficit du compte courant s’est creusé et la compétitivité-prix continue de s’éroder.
Le rapport attribue notamment cette situation à l’appréciation du taux de change effectif réel et à une progression plus importante des prix des biens et services locaux que ceux des produits importés.
Le commerce extérieur toujours sous pression
Les performances commerciales du Cameroun restent contrastées. La valeur des échanges de biens a légèrement progressé après le rebond enregistré en 2024, mais le déficit commercial demeure élevé. L’économie reste fortement dépendante des importations de combustibles, de biens d’équipement, de produits alimentaires et d’intrants industriels.
Dans le même temps, les exportations demeurent concentrées sur un nombre limité de produits primaires. Cette configuration traduit, selon le rapport, une montée en gamme encore insuffisante de l’appareil productif national.À cette situation s’ajoutent des coûts de facteurs jugés relativement élevés.
L’électricité, le financement, le transport et certains services continuent de peser sur les entreprises. Les insuffisances des infrastructures économiques et numériques, le faible développement du marché bancaire et financier ainsi que certaines contraintes institutionnelles contribuent également à maintenir les coûts unitaires à un niveau élevé.Le rapport souligne ainsi que les gains de productivité restent insuffisants pour permettre aux entreprises camerounaises d’améliorer significativement leur compétitivité sur les marchés domestique et internationaux.
L’innovation, un levier encore insuffisamment exploité
Dans ce contexte, l’innovation occupe une place centrale dans l’édition 2025 du rapport. Le Cameroun a gagné sept places dans le Global Innovation Index 2025, pour atteindre le 116ᵉ rang sur 139 économies. Cette progression est notamment associée aux avancées enregistrées dans le capital humain, la recherche et la sophistication des entreprises.Le rapport relève néanmoins une faiblesse majeure : la capacité limitée à transformer les investissements consacrés à la recherche et à l’innovation en actifs de propriété intellectuelle et en innovations effectivement commercialisées.
Les insuffisances des infrastructures, les difficultés d’accès au financement des projets innovants et la collaboration encore limitée entre les instituts de recherche et les entreprises réduisent les retombées économiques des efforts d’invention. Pour le Comité de compétitivité, l’enjeu n’est donc plus seulement de produire des connaissances, mais de parvenir à les valoriser économiquement.Les auteurs estiment que la mise en place d’un système national d’innovation plus efficace pourrait favoriser l’adoption de technologies adaptées, la diffusion des connaissances et la modernisation des procédés de production.
Sept pistes pour transformer l’innovation en gains de compétitivité
Pour répondre à ces défis, le rapport formule plusieurs recommandations. Il préconise notamment la mise en place d’un programme national de valorisation économique des inventions à fort potentiel, ainsi qu’une étude de faisabilité pour la création d’un fonds destiné à soutenir les entreprises innovantes.Le document propose également la création d’une bourse de transfert technologique, destinée à rapprocher chercheurs, inventeurs, entreprises et investisseurs. Il recommande par ailleurs d’introduire une préférence pour l’innovation dans la commande publique, avec une quote-part minimale des marchés de fournitures et services technologiques réservée aux solutions issues de la recherche ou des start-up camerounaises.
Le rapport suggère en outre la constitution d’un réseau structuré de la diaspora scientifique et technologique afin de mobiliser ses compétences dans la recherche et développement, notamment à travers le co-brevetage, le mentorat des start-up et des missions spécialisées.Autre proposition : adopter une politique de propriété intellectuelle académique permettant de clarifier les droits liés aux inventions issues de financements publics de recherche et d’organiser le partage des redevances provenant de leur valorisation.
Enfin, le Comité de compétitivité recommande de recenser et de mettre régulièrement à jour les brevets dont la protection a expiré, puis d’en informer les entreprises afin de leur permettre d’exploiter ces technologies. Une telle démarche pourrait contribuer à réduire les coûts de recherche et développement tout en limitant les risques liés à la contrefaçon.




