Le Cameroun améliore son positionnement dans le domaine de l’innovation, mais peine encore à transformer son potentiel scientifique et entrepreneurial en résultats économiques et technologiques. C’est ce que révèle le Rapport sur l’état de la compétitivité de l’économie camerounaise en 2025, qui s’appuie notamment sur les données du Global Innovation Index (GII) 2025 publié par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI).
Dans un contexte mondial marqué par l’accélération des transformations technologiques et l’intensification de la concurrence, le rapport considère l’innovation comme un déterminant majeur de la compétitivité des entreprises et un levier de transformation structurelle et d’industrialisation. Le Cameroun dispose, selon le document, d’un potentiel scientifique, d’un vivier de talents et d’un écosystème entrepreneurial dynamique. Mais la valorisation économique de ces atouts demeure encore limitée.
Sept places gagnées dans le Global Innovation Index

Avec un score de 18,2 sur 100, le Cameroun occupe en 2025 le 116ᵉ rang mondial sur 139 économies évaluées dans le Global Innovation Index.
Le pays gagne ainsi sept places par rapport à 2024, année au cours de laquelle il était classé 123ᵉ. Son score progresse également de 3,8 points.En Afrique subsaharienne, le Cameroun passe du 19ᵉ rang sur 32 économies classées en 2024 au 14ᵉ rang en 2025.Le classement international reste dominé par la Suisse, avec un score de 66,0, devant la Suède (62,6) et les États-Unis (61,7). La Chine occupe pour sa part le 10ᵉ rang avec 56,6 points. En Afrique, l’Île Maurice et l’Afrique du Sud figurent parmi les pays les mieux positionnés, respectivement aux 53ᵉ et 61ᵉ rangs mondiaux.
Le rapport souligne notamment l’écart entre les niveaux d’investissement en recherche et développement. En 2024, les dépenses de R&D représentaient 3,6 % du PIB en Suisse et 3,3 % en Suède, contre 0,6 % en Afrique du Sud et 0,1 % au Cameroun.Au-delà du classement global, l’analyse des différents piliers du GII permet d’identifier les forces et les limites du système camerounais d’innovation.
Des progrès, mais une faible transformation des résultats de recherche

Sur le plan institutionnel, le Cameroun se classe au 103ᵉ rang mondial, avec un score de 35,0. Le rapport relève certaines avancées dans le climat des affaires, tout en soulignant la persistance de fragilités liées à la gouvernance, à l’efficacité administrative et à la qualité de l’État de droit.
Les résultats concernant la production de connaissances et de technologies montrent également une amélioration. Le Cameroun occupe le 108ᵉ rang mondial, avec un score de 11,3, contre le 119ᵉ rang et un score de 10,5 en 2024.Malgré cette progression, les performances en matière d’extrants de l’innovation restent modestes. Le pays produit encore relativement peu de brevets et valorise insuffisamment les résultats de ses travaux de recherche. Sa présence dans les exportations à forte valeur ajoutée demeure également limitée.
Le rapport met ainsi en évidence un problème central : le Cameroun dispose de capacités scientifiques et entrepreneuriales, mais celles-ci se transforment encore difficilement en produits, procédés, technologies et services commercialisés.Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Les insuffisances des infrastructures numériques, énergétiques et logistiques limitent la diffusion des technologies. L’accès au financement reste également contraint par la faiblesse du capital-risque et des mécanismes d’accompagnement des projets innovants.
À cela s’ajoutent une faible culture de la propriété intellectuelle et une collaboration encore insuffisante entre les universités, les centres de recherche et les entreprises. Le transfert des technologies vers le tissu productif reste donc limité, tandis que la coordination entre les différents acteurs du système national d’innovation demeure perfectible.

Le rapport propose de renforcer la valorisation des inventions
Face à ces contraintes, le Rapport sur l’état de la compétitivité de l’économie camerounaise en 2025 préconise plusieurs mesures destinées à rapprocher davantage la recherche de l’activité économique.À court terme, il recommande notamment la création d’un programme national de valorisation économique des inventions à fort potentiel. Celui-ci devrait accompagner les inventions dans leur protection par brevet, leur maturation technologique et leur mise en relation avec les entreprises et les investisseurs. L’objectif proposé est de faire passer de 8 % à 30 % en trois ans le taux de brevetage des inventions issues des JERSIC/JTN.
Le rapport propose également une étude de faisabilité pour la création d’un fonds de soutien aux entreprises innovantes, ainsi que le recensement régulier des brevets arrivés à expiration afin de permettre aux entreprises de les exploiter et de réduire leurs coûts de recherche et développement.
Une bourse de transfert technologique pourrait par ailleurs servir de plateforme nationale de mise en relation entre chercheurs, inventeurs, entreprises et investisseurs. Le document suggère aussi d’introduire une préférence à l’innovation dans la commande publique, en réservant une quote-part minimale des marchés de fournitures et services technologiques à des solutions issues de la recherche ou de start-up camerounaises labellisées.
À moyen terme, le rapport recommande la création d’un réseau structuré de la diaspora scientifique et technologique, l’adoption d’une politique de propriété intellectuelle académique et la mise en place de clusters d’innovation concentrés sur les filières prioritaires de la Stratégie nationale de développement 2020-2030.
Le diagnostic établi est donc celui d’un système national d’innovation disposant d’atouts, mais confronté à une difficulté majeure de conversion de ses ressources scientifiques et technologiques en valeur économique. Pour le rapport, l’enjeu consiste désormais à renforcer simultanément les facteurs favorables à l’innovation et les mécanismes permettant de transformer les résultats de la recherche en innovations industrielles et commerciales.




