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Pisciculture : le PROFIP atteint 98 % d’exécution et accélère la reconquête du marché camerounais

Le Cameroun veut faire de la pisciculture l’un des leviers de sa souveraineté alimentaire. Réunis le 15 septembre 2026 à Yaoundé autour du ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA), Dr Taïga, les membres du Comité de pilotage du Projet de Promotion de la Filière Pisciculture Continentale au Cameroun (PROFIP) ont dressé un bilan largement positif de la mise en œuvre du projet. Avec un taux d’exécution de 98 %, l’initiative soutenue par la coopération japonaise entre dans une phase de consolidation, alors que la production nationale connaît une progression significative.

Des résultats qui traduisent une montée en puissance de la filière

Neuf mois après la première session du Comité de pilotage tenue en décembre 2025, le PROFIP affiche des résultats qui confortent les ambitions initiales du projet. Lancé officiellement en juillet 2025 dans le cadre de la coopération entre le Cameroun et le Japon, le projet intervient dans les régions du Centre, du Littoral, de l’Ouest et du Sud, avec pour objectif de professionnaliser une filière encore confrontée à de nombreuses contraintes techniques et économiques.

Financé à hauteur de 1,2 milliard de FCFA par la coopération japonaise et mis en œuvre avec l’appui de sept experts japonais, le PROFIP mise notamment sur le transfert de compétences et l’implication du secteur privé.Les treize fermes pilotes retenues dans les régions ciblées ont ainsi servi de laboratoires grandeur nature pour les essais de vérification. Les données recueillies doivent permettre de formaliser des guides de bonnes pratiques destinés à améliorer les performances des exploitations piscicoles.À cela s’ajoutent les sessions de formation consacrées aux pisciculteurs et aux restaurateurs, notamment sur les techniques de grossissement et la valorisation du silure. La promotion de la consommation du poisson d’élevage constitue également un axe important.

La participation du PROFIP au Salon interprofessionnel de l’aquaculture au Cameroun (SIAC 2026) et à PROMOTE a notamment permis d’organiser plus de 900 dégustations de silure et de toucher un large public.Pour le ministre Taïga, ces avancées démontrent que les orientations arrêtées lors du lancement du projet commencent à produire des effets concrets. Elles traduisent surtout une volonté de passer d’une pisciculture encore largement artisanale à une activité davantage structurée, productive et orientée vers le marché.

De 12 000 à près de 20 000 tonnes : le défi du changement d’échelle

L’évolution de la production constitue sans doute l’un des indicateurs les plus révélateurs de la dynamique engagée. Selon le coordonnateur du PROFIP, Divine Ngala Tombuh, la production aquacole nationale serait passée d’environ 12 000 tonnes à près de 20 000 tonnes.

Cette progression est importante, mais elle pose également la question de la capacité du Cameroun à maintenir le rythme et à transformer cette croissance en véritable changement d’échelle. Le projet vise en effet des niveaux de production beaucoup plus élevés. Son objectif annoncé est d’atteindre 50 000 tonnes à l’horizon 2030, tandis que les orientations opérationnelles évoquées lors de la session prévoient notamment une hausse annuelle de 10 % de la production piscicole nationale.

L’enjeu dépasse donc la seule augmentation des volumes. Il s’agit de construire une chaîne de valeur capable de produire davantage, mais aussi de garantir la disponibilité des intrants, l’accès aux équipements, la qualité des aliments pour poissons, la maîtrise des techniques d’élevage, la transformation et la commercialisation.Sur ce terrain, plusieurs mesures publiques constituent des facteurs favorables. Le coordonnateur du projet cite notamment la nouvelle législation sur la pêche et l’aquaculture, le financement des pisciculteurs à travers le plan PIZA ainsi que l’exonération, depuis 2021, de la TVA et des droits de douane sur certains équipements de production.

Ces mesures peuvent faciliter l’investissement privé. Mais le véritable test sera leur capacité à favoriser l’émergence d’exploitations suffisamment solides pour produire de manière régulière et compétitive. La structuration de plus de 700 unités piscicoles et la formation de 320 acteurs directs dans les quatre régions ciblées apparaissent ainsi comme des conditions essentielles à la réussite du changement d’échelle.

Réduire les importations pour renforcer la souveraineté alimentaire

Derrière les performances du PROFIP se joue une problématique plus large : celle de la dépendance du Cameroun aux importations de poisson. Dans un contexte marqué par la nécessité de renforcer la production locale, le développement de la pisciculture apparaît comme une réponse stratégique à la demande croissante des consommateurs.Le PROFIP s’inscrit ainsi dans les orientations de la politique nationale de substitution aux importations et de la Stratégie nationale de développement 2020-2030. L’ambition consiste à produire davantage localement, tout en créant des revenus et des emplois autour d’une filière capable de mobiliser agriculteurs, éleveurs, transformateurs, restaurateurs, distributeurs et investisseurs.

La validation du Plan de travail et budget annuel (PTBA) 2027 ouvre désormais une nouvelle séquence. Les prochaines actions porteront notamment sur la généralisation des bonnes pratiques issues des fermes pilotes, la finalisation d’une plateforme numérique destinée à mettre en relation les acteurs de la filière, la poursuite des campagnes de promotion du poisson d’élevage et le renforcement des capacités.

L’atteinte de 98 % d’exécution constitue donc moins un aboutissement qu’un indicateur de maturité du projet. Le principal défi sera désormais de convertir les acquis techniques et institutionnels en résultats durables sur l’ensemble de la chaîne de valeur.En passant d’environ 12 000 à près de 20 000 tonnes de production, le Cameroun a déjà franchi un premier cap. Le prochain consistera à consolider cette dynamique pour se rapprocher des 50 000 tonnes visées à l’horizon 2030. À terme, la réussite du PROFIP se mesurera moins au taux d’exécution de ses activités qu’à sa capacité à faire émerger une pisciculture compétitive, rentable et suffisamment productive pour contribuer durablement à la sécurité alimentaire du pays.

La formule rappelée par le coordonnateur, citant le Chef de l’État lors du comice agropastoral d’Ebolowa en 2011, résume l’enjeu : « Il faut produire ce que nous mangeons et manger ce que nous produisons. » Pour la pisciculture camerounaise, le défi est désormais de transformer cette ambition en réalité économique.

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Myriane Djamegne

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