Vendredi 26 juin 2026, l’usine agroalimentaire DENKY a été inaugurée à Bandenkop, dans l’arrondissement de Bangou, région de l’Ouest. Deux ministres de la République avaient fait le déplacement. Une troisième autorité, plus ancienne que l’État lui-même, siégeait également sur l’estrade : Sa Majesté HOMSI FEZE Francis, Roi des Bandenkop. En toile de fond, le récit d’une cérémonie où deux légitimités se sont donné la main.
Trois autorités sur la même estrade
Le 26 juin 2026, à Bandenkop, dans l’arrondissement de Bangou, région de l’Ouest, la petite estrade dressée devant l’usine agroalimentaire DENKY portait un protocole inhabituel. D’un côté, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, venu co-présider la cérémonie au nom de l’État. À ses côtés, le ministre de l’Agriculture et du Développement Rural, Gabriel Mbaïrobe , chargé de représenter les intérêts des producteurs agricoles de la région.
Et, occupant une place que le protocole républicain ne prévoit habituellement pas, Sa Majesté HOMSI FEZE Francis, Roi des Bandenkop , autorité coutumière du terroir sur lequel l’usine venait de sortir de terre.Face à eux, une foule mêlant autorités administratives, responsables bancaires, producteurs locaux et habitants venus voir de leurs propres yeux ce dont on parlait depuis des mois dans les marchés du village. Et au centre du dispositif, celle qui avait convoqué tout ce monde autour d’un même bâtiment industriel : Lisette Claudia TAME NJAMBE, Administratrice Directrice Générale de Meta Invest SA, promotrice de DENKY.
Ce que le sceau royal autorise
Dans de nombreuses régions du Cameroun, un projet industriel qui s’implante sans l’assentiment de l’autorité traditionnelle locale reste, quelle que soit sa légalité administrative, un projet suspendu. La terre n’appartient pas seulement au cadastre. Elle appartient aussi à une mémoire, à des usages, à une autorité coutumière dont la parole conditionne l’acceptation réelle d’une implantation par une communauté. Le foncier peut être régularisé par un acte préfectoral.
La légitimité, elle, se construit autrement.C’est cette légitimité-là que la présence du Roi des Bandenkop est venue sceller. Sa Majesté HOMSI FEZE Francis, n’a pas seulement honoré une cérémonie officielle. Il a, par sa présence, inscrit DENKY dans l’histoire longue du territoire, celle qui précède les ministères et qui leur survivra. Pour les populations de Bandenkop, l’usine n’est plus seulement un projet venu d’ailleurs et validé par Yaoundé. Elle est devenue, ce jour-là, un projet accueilli par les siens.« On ne bâtit pas durablement une usine contre la mémoire d’un territoire. On la bâtit avec elle. »
Une femme entre deux mondes
Ce qui frappe ceux qui ont assisté à la cérémonie, c’est l’aisance avec laquelle Lisette Claudia TAME NJAMBE est passée du registre protocolaire de la République au registre de déférence dû à la coutume, sans jamais donner l’impression de changer de personnage. Le même ton posé pour saluer les ministres et pour s’incliner devant le Roi. La même attention est portée aux techniciens venus vérifier les dernières lignes de production et aux notables assis au premier rang.
Ceux qui la côtoient depuis plusieurs années décrivent une dirigeante capable de tenir une négociation bancaire à Douala le matin et de s’asseoir, l’après-midi, dans la cour d’une chefferie pour écouter les doléances d’un groupement de producteurs. Cette circulation naturelle entre les mondes institutionnel, corporate et coutumier n’est pas un exercice de communication. C’est, selon ceux qui l’observent, le produit d’une humilité réelle, celle qui permet de considérer chaque interlocuteur, qu’il porte un titre ministériel ou une toque royale, avec la même considération.Une méthode qui pourrait faire écoleL’histoire industrielle récente du continent est jalonnée de projets techniquement solides mais socialement rejetés, faute d’avoir associé les autorités locales à leur conception. Des usines financées, équipées, parfois même inaugurées en grande pompe, qui n’ont jamais réellement fonctionné parce que le territoire ne les a pas reconnues comme siennes.
En choisissant d’associer, dès la conception de DENKY, l’autorité coutumière de Bandenkop à la légitimité administrative de l’État, Lisette Claudia TAME NJAMBE a esquissé une méthode que son expertise en industrialisation, mise au service d’autres régions et d’autres États, pourrait désormais transmettre. Une méthode simple dans son principe, exigeante dans son exécution : ne jamais construire une usine sans d’abord se faire accueillir par la terre qui la portera. À Bandenkop, ce vendredi de juin, la terre a répondu présent, par la voix de son Roi.
Martial Obi




