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Gabon : la pénurie de carburant à Libreville révèle les fragilités de l’approvisionnement

Depuis le 26 septembre 2026, l’approvisionnement en carburant est devenu une préoccupation majeure dans le Grand Libreville, au Gabon. Devant plusieurs stations-service, les longues files d’attente témoignent d’une situation qui perturbe les déplacements des populations et fragilise les activités économiques. D’abord marquée par une pénurie de gasoil, la crise s’étend désormais à l’essence, malgré les annonces des autorités concernant un retour progressif à la normale. Au-delà des difficultés immédiates rencontrées par les automobilistes, cette situation met en lumière les vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement en produits pétroliers.

Du gasoil à l’essence, une pénurie qui perturbe les activités quotidiennes

À Libreville, se procurer du carburant relève désormais d’une véritable épreuve de patience. Certains automobilistes passent plusieurs heures dans les files d’attente, parfois avec des jerricans, dans l’espoir d’obtenir quelques litres. Les propriétaires de véhicules diesel sont particulièrement affectés par les premières perturbations signalées à partir du 26 septembre.« Cela fait plus de trois jours que nous n’avons pas de carburant gasoil.

Les voitures qui fonctionnent au diesel ont beaucoup de problèmes. C’est pareil dans tout le Grand Libreville, à Ntoum, Akanda, partout », témoigne un automobiliste.Pour les professionnels dont l’activité dépend directement du carburant, les conséquences sont encore plus lourdes. Les chauffeurs de taxi, notamment, voient leur capacité de travail réduite par les heures consacrées à rechercher du carburant plutôt qu’à transporter des clients.Le témoignage de Ndoumou Vianey illustre cette réalité. Présent dans une station-service dès 4 heures du matin, ce chauffeur de taxi n’a toujours pas réussi à s’approvisionner après plusieurs déplacements entre différents points de vente.« Depuis 4h que je suis ici, ils m’ont d’abord dit qu’il y avait du carburant derrière la prison. Je suis parti là-bas, mais à peine arrivé on m’a dit que c’était déjà fini. Je suis obligé de revenir faire la queue ici », raconte-t-il.

Cette situation entraîne une perte de temps et de revenus pour les travailleurs du transport, tout en compliquant les déplacements des particuliers. Elle risque également d’avoir des répercussions sur les coûts du transport et, indirectement, sur les prix de certains biens et services si les perturbations se prolongent.Le changement de produit concerné accentue les inquiétudes. Alors qu’une nouvelle cargaison de gasoil était annoncée pour favoriser une amélioration de la situation, l’essence a commencé à manquer dans plusieurs stations à partir du 5 octobre. Ce déplacement des tensions d’un produit à l’autre interroge sur la capacité du dispositif d’approvisionnement à répondre durablement à la demande.

Des difficultés d’approvisionnement qui interrogent la gestion des stocks

Dans un communiqué publié le 2 octobre 2026, le ministère gabonais du Pétrole et du Gaz a reconnu l’existence de tensions temporaires dans l’approvisionnement des stations-service de Libreville.

Les autorités attribuent ces perturbations à une diminution des stocks disponibles à la Société gabonaise de raffinage (SOGARA), la raffinerie nationale, ainsi qu’à des difficultés d’acheminement des produits raffinés dans un contexte de perturbations maritimes.Ces explications mettent en évidence la dépendance du marché intérieur à la disponibilité des stocks et à la régularité des livraisons. Lorsque les réserves diminuent et que le transport des produits pétroliers rencontre des difficultés, les conséquences se répercutent rapidement sur les stations-service et les consommateurs.Toutefois, les difficultés signalées par certains responsables de stations soulèvent également la question de la gestion des volumes distribués. Régis Mavoungou, chef de piste, évoque des écarts entre les quantités commandées et celles effectivement livrées.« Quand vous demandez 20 000 litres, ce n’est pas toujours 20 000 que vous recevez. Parfois, vous recevez 15 000 litres, ce qui fausse nos ventes et nos calculs », explique-t-il.Cet écart entre les commandes et les livraisons, lorsqu’il se produit, complique la gestion commerciale des stations et peut contribuer aux difficultés de disponibilité des produits. Il souligne l’importance d’un suivi rigoureux des stocks, des volumes livrés et de la distribution effective du carburant.

La situation pose ainsi une question centrale : comment garantir un approvisionnement régulier lorsque les stocks diminuent, que les livraisons sont perturbées et que la demande doit continuer à être satisfaite ?Au-delà des mesures d’urgence, la crise invite à s’interroger sur les mécanismes de prévention des pénuries, la constitution de réserves suffisantes et la coordination entre la raffinerie, les opérateurs chargés de la distribution et les autorités publiques.Le retour à la normale ne dépend donc pas uniquement de l’arrivée de nouvelles cargaisons. Il suppose également que les produits soient acheminés dans les délais, que les volumes disponibles correspondent aux besoins du marché et que leur distribution permette de rétablir durablement l’approvisionnement des stations-service.

À Libreville, la succession des pénuries de gasoil puis d’essence montre que la difficulté ne se limite plus à un produit particulier. Elle met à l’épreuve la continuité de l’approvisionnement en carburant et la capacité des acteurs concernés à anticiper les tensions. Pour les automobilistes et les professionnels, l’enjeu immédiat reste de pouvoir se ravitailler sans y consacrer plusieurs heures. Pour les autorités, le défi consiste à transformer les mesures annoncées en une amélioration concrète et durable de la disponibilité des produits pétroliers.

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Myriane Djamegne

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