Le progiciel de gestion des effectifs et de la solde a été au centre des échanges du colloque scientifique organisé à Yaoundé sur les innovations en droit public, l’intelligence artificielle et la performance. Le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Joseph LE, y a présenté les avancées enregistrées depuis la mise en production de cet outil numérique le 1er janvier 2025.Le numérique s’impose progressivement comme un levier de transformation de l’administration publique camerounaise. Cette dynamique était au cœur du colloque scientifique organisé par le Centre d’études et de recherches constitutionnelles, administratives et financières (CERCAF) à l’Institut des Relations internationales du Cameroun (IRIC), autour du thème général : « Le droit public à l’aune des innovations : intelligence artificielle et performance ».À cette occasion, le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Joseph LE, a présenté les résultats du progiciel AIGLES (Application informatique de gestion logique des effectifs et de la solde). Son intervention, consacrée au thème « Service public, numérique et performance : le cas AIGLES », a mis en lumière les changements apportés par cet outil dans la gestion administrative et financière des agents publics.
AIGLES, un outil de modernisation de la gestion publique

Mis en production le 1er janvier 2025, AIGLES marque une évolution importante dans la gestion des carrières et de la solde des agents publics. Le système vise notamment à mettre fin à la séparation entre SIGIPES, consacré à la gestion des carrières, et ANTILOPE, utilisé pour la gestion de la solde.En réunissant ces deux fonctions au sein d’une base de données unique, maîtrisée par l’État et accessible en français et en anglais, le progiciel entend renforcer la cohérence des informations administratives et financières, tout en améliorant le suivi de la situation des personnels de l’État.Pour le ministre Joseph LE, AIGLES constitue ainsi la traduction opérationnelle de la vision de modernisation de l’État portée par le président de la République, Paul Biya. L’ambition est de bâtir une administration plus performante, transparente et davantage orientée vers les besoins des usagers.
Des résultats chiffrés qui témoignent de la transformation numérique

Les indicateurs présentés par le MINFOPRA illustrent les progrès enregistrés depuis le déploiement du système.Selon les données communiquées lors du colloque, 342 049 actes de carrière, notamment les avancements d’échelon, les avancements de classe et les titularisations, sont désormais traités automatiquement, avec une prise en charge financière au cours du même mois.Le taux de fiabilisation des données atteint 99,03 %, un résultat qui participe à une meilleure maîtrise de la masse salariale de l’État.
L’appropriation de l’outil par les usagers se traduit également par plus de 6,4 millions de connexions sur le portail AIGLES et plus de 3 millions de notifications envoyées aux agents publics par SMS, WhatsApp et courrier électronique.Sur le plan de la dématérialisation des procédures, 37 administrations sur 40, soit 92,5 %, ont déployé la signature électronique sécurisée pour la délivrance des actes authentiques. Par ailleurs, 12 des 14 modules constituant le noyau dur du système sont déjà en production, tandis que les volets consacrés à la biométrie et à l’archivage électronique sont en phase d’aboutissement.Ces avancées traduisent la volonté de réduire les lourdeurs administratives, d’améliorer la traçabilité des actes et de faciliter l’accès des agents publics aux services administratifs.
Intelligence artificielle : entre innovation et exigences éthiques
Au-delà des performances techniques, les échanges ont mis en évidence les enjeux juridiques et éthiques liés à la transformation numérique de l’administration.Prenant la parole au nom de la communauté diplomatique, l’ambassadeur de France au Cameroun, Sylvain Riquier, a salué les progrès réalisés par le pays dans la modernisation administrative. Il a toutefois insisté sur la nécessité d’encadrer les usages de l’intelligence artificielle.La protection des données à caractère personnel, la cybersouveraineté et la prévention des biais algorithmiques figurent parmi les principaux défis à relever. Pour le diplomate, le droit public demeure essentiel pour encadrer l’innovation technologique et garantir la primauté de l’intérêt général.Cette préoccupation rejoint la position défendue par le MINFOPRA : l’utilisation des outils numériques ne saurait dispenser l’administration du respect des règles de droit. Toute décision administrative, même assistée par un algorithme, reste soumise aux exigences de légalité, de transparence et d’égalité de traitement des usagers.
Une administration de proximité au cœur des ambitions gouvernementales

Dans son propos de circonstance, le ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur et chancelier des ordres académiques, le Pr Jacques FAME NDONGO, a rappelé les orientations gouvernementales en faveur d’une digitalisation progressive et méthodique de l’appareil administratif.Il a notamment proposé une lecture symbolique de la transformation numérique à travers les quatre éléments fondamentaux. La terre représente l’ancrage institutionnel, la souveraineté et le droit positif. L’air symbolise la circulation immatérielle des données et de l’information, tandis que l’eau évoque la fluidité des procédures et la proximité avec les usagers. Le feu, enfin, incarne l’énergie de l’innovation, appelée à accélérer les processus sans compromettre les exigences éthiques.Cette approche souligne que la technologie doit renforcer les fondements de l’administration plutôt que s’y substituer.
À travers la présentation des résultats d’AIGLES et les réflexions menées sur l’intelligence artificielle, le colloque de l’IRIC a ainsi mis en évidence un enjeu central pour l’administration camerounaise : concilier innovation technologique, performance du service public et respect des principes fondamentaux du droit.Pour le MINFOPRA, l’objectif reste de mieux servir, mieux décider et mieux anticiper, en plaçant la transformation numérique au service de l’efficacité administrative et des attentes des citoyens.


