À l’ouverture de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, le 12 octobre 2026 à Dakar, le professeur James Mouangue Kobila, président du Réseau des institutions nationales africaines des droits de l’homme (RINADH), a appelé à une protection renforcée des libertés fondamentales face aux conflits armés, aux restrictions de l’espace civique et aux nouvelles formes de violence.Les défis liés à la protection des droits de l’homme demeurent considérables sur le continent africain.
C’est le constat dressé par le professeur James Mouangue Kobila lors de la cérémonie d’ouverture de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), tenue le 12 octobre 2026 à Dakar, au Sénégal. S’exprimant au nom du Réseau des institutions nationales africaines des droits de l’homme (RINADH), dont il assure la présidence, il a insisté sur la nécessité de transformer les engagements juridiques des États en avancées concrètes pour les populations.Cette session intervient dans un contexte symbolique marqué par la célébration des 40 ans de l’entrée en vigueur de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Pour le président du RINADH, cet anniversaire constitue une occasion de saluer les acquis du système africain de protection des droits humains, tout en examinant les menaces qui compromettent leur exercice effectif.
Des libertés publiques fragilisées par les tensions politiques
Le rétrécissement de l’espace civique figure parmi les préoccupations majeures soulevées par James Mouangue Kobila. Dans plusieurs pays africains, les organisations de la société civile, les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes et les avocats évoluent dans des environnements réglementaires et sécuritaires de plus en plus contraignants.Ces restrictions deviennent particulièrement préoccupantes en période électorale, notamment lors des élections présidentielles. Alors que plusieurs pays du continent traversent un cycle électoral important, le président du RINADH redoute que les libertés publiques et la participation politique soient entravées par les intimidations, la répression, les violences, les conflits armés et l’affaiblissement des garanties démocratiques.
À ces difficultés s’ajoutent la corruption, le clientélisme, les discriminations ainsi que les obstacles économiques, sociaux et administratifs qui limitent la participation libre et éclairée des citoyens à la vie publique.Le responsable a également évoqué le projet de Charte africaine sur la protection de la famille, de la souveraineté et des valeurs religieuses et culturelles. S’il reconnaît la légitimité des préoccupations relatives aux valeurs culturelles africaines, à la souveraineté des États et au renforcement des familles, il estime que tout nouvel instrument régional doit compléter les normes existantes en matière de droits humains, sans en affaiblir la portée.
Conflits armés et violences numériques : des menaces croissantes
Les conflits armés constituent une autre source majeure de préoccupation. Citant les données du Comité international de la Croix-Rouge, James Mouangue Kobila a indiqué que l’Afrique comptait alors plus de cinquante conflits armés actifs, représentant environ 40 % des conflits armés dans le monde.
Au-delà des violences immédiates, ces crises entraînent des déplacements de populations, fragilisent les moyens de subsistance et aggravent l’insécurité alimentaire, le chômage et les vulnérabilités sociales. Elles affectent particulièrement les personnes déplacées internes, les réfugiés et les communautés déjà exposées à la précarité.Le président du RINADH a également attiré l’attention sur les nouvelles formes de violence liées aux technologies numériques. Si celles-ci favorisent l’accès à l’information, l’innovation et la participation des jeunes, elles peuvent aussi servir de vecteurs de préjudices. Les violences en ligne peuvent avoir des conséquences durables sur les victimes, tandis que les perturbations d’Internet et les restrictions d’accès à l’information compromettent la transparence et la participation citoyenne, notamment en période de tensions politiques.Face à ces risques, le RINADH préconise le renforcement des cadres juridiques et des politiques publiques destinés à prévenir les violences numériques et à garantir une protection effective des populations, dans le respect des droits fondamentaux.
D’autres situations exigent, selon lui, une réponse urgente : les violences fondées sur le genre, les féminicides, les sévices infligés aux enfants, le recrutement de mineurs par des groupes armés, ainsi que les exactions commises contre les migrants et les réfugiés. Le sort des personnes privées de liberté reste également préoccupant, en raison de la surpopulation carcérale, de l’accès insuffisant aux soins de santé, des mauvaises conditions d’alimentation et d’assainissement, des détentions provisoires prolongées et des risques de torture.Les pressions exercées sur les communautés autochtones par les changements climatiques, les investissements fonciers et la demande croissante de minéraux critiques ont aussi été évoquées.
Le RINADH appelle à la protection de leurs terres et de leurs ressources, à leur participation aux décisions qui les concernent et à la mise en place de recours effectifs en cas de violation de leurs droits.

Les institutions nationales appelées à jouer pleinement leur rôle
Face à ces défis, James Mouangue Kobila a réaffirmé le rôle central des institutions nationales des droits de l’homme (INDH) dans l’architecture africaine de protection des libertés fondamentales. Grâce à leurs missions de suivi, d’enquête, de conseil aux gouvernements et de dialogue avec les communautés, ces institutions contribuent à rapprocher les réalités nationales des mécanismes régionaux de reddition des comptes.Leur efficacité dépend toutefois de leur capacité à exercer leurs mandats en toute indépendance. Le président du RINADH a ainsi insisté sur la nécessité de leur garantir des ressources suffisantes, de les protéger contre les représailles et de leur permettre d’accomplir leurs missions dans des conditions adaptées.
Le réseau, qui regroupe 47 institutions nationales des droits de l’homme, entend poursuivre sa collaboration avec la Commission africaine, les États membres de l’Union africaine, les organisations de la société civile et les partenaires engagés dans la promotion des droits humains.À l’occasion des 40 ans de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, le RINADH réaffirme son engagement en faveur d’un dialogue ouvert, d’une coopération soutenue et de la mise en œuvre effective des obligations souscrites par les États.Pour James Mouangue Kobila, l’enjeu est désormais de faire en sorte que les principes consacrés par la Charte se traduisent dans la vie quotidienne des populations : chaque personne et chaque peuple doivent pouvoir exercer pleinement leurs droits, bénéficier d’une protection lorsque ceux-ci sont menacés et obtenir justice lorsqu’ils sont violés.


