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Cameroun -Littérature : « Présidenticide », le roman de Midom Mipi qui interroge la finitude du pouvoir

Dédicacé le 28 octobre 2026 au Centre culturel camerounais à Yaoundé, Présidenticide, roman de 800 pages publié aux éditions Astres noirs et vendu au prix de 10 000 FCFA, explore les dérives du pouvoir, la fragilité des régimes despotiques et les conditions d’une refondation politique. Préfacé par Aristide Mono, docteur en sciences politiques, chercheur et consultant politique, l’ouvrage de Midom Mipi associe satire, réflexion philosophique et critique institutionnelle pour interroger les rapports entre gouvernants et gouvernés.

Une fiction politique au cœur de la rupture entre l’État et les citoyens

Avec Présidenticide, Midom Mipi propose une œuvre romanesque qui dépasse le cadre de la fiction pour s’inscrire dans une réflexion sur la légitimité du pouvoir et ses limites. Le titre, présenté dans la préface d’Aristide Mono comme un néologisme saisissant, ne renvoie pas nécessairement à l’assassinat physique d’un chef d’État. Il évoque plutôt la mise à mort symbolique, politique et institutionnelle d’une fonction présidentielle lorsque celle-ci se transforme en instrument d’immobilisme et de prédation.Le récit s’ouvre sur une scène tragique : Geneviève agonise dans les bras de Juste Frank, surnommé « Cher Patrie », tandis qu’un cortège présidentiel poursuit sa progression sous la protection d’une soldatesque impassible.

Cette scène cristallise la rupture entre le sommet de l’État et les populations, confrontées à un pouvoir qui semble privilégier ses propres exigences au détriment du droit à la vie.Le boulevard de la République devient ainsi le théâtre d’un affrontement symbolique entre deux principes fondamentaux : le droit de passage du président Barthel Rémy Ayabia, alias « Grand Manitou », et le droit à la vie d’une citoyenne. À travers cette opposition, l’auteur place la question de la légitimité au centre de son récit. Un pouvoir qui sacrifie la vie humaine à son propre confort compromet, dans cette perspective, les fondements mêmes de son autorité.La violence de l’État apparaît dès lors comme le déclencheur d’une transformation individuelle appelée à prendre une dimension collective. Le drame de Geneviève nourrit la trajectoire de Juste Frank et ouvre la voie à une remise en cause plus large de l’ordre politique établi.

La satire et la dérision comme armes contre les régimes despotiques

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L’une des particularités de Présidenticide réside dans sa manière de représenter la chute des autocrates. Midom Mipi mobilise l’humour, le grotesque et les manifestations physiologiques pour déconstruire l’image d’invulnérabilité que les dirigeants autoritaires cherchent à entretenir.Les troubles corporels, les quintes de toux explosives et les situations scatologiques qui ponctuent le récit ne relèvent pas uniquement du registre comique. Ils prennent une dimension symbolique : celle d’un pouvoir qui perd progressivement le contrôle de son image, de son entourage et de l’appareil d’État. Le corps du dictateur, soumis aux mêmes fragilités biologiques que celui de ses concitoyens, devient le lieu où se manifeste la faillite de sa prétendue toute-puissance.La pestilence associée au personnage du Grand Manitou participe de cette représentation. Elle traduit, dans l’économie symbolique du roman, la corruption morale d’un système qui dissimule ses dérives derrière les apparences du prestige et les fastes des palais. Ce qui était enfoui finit par refaire surface, exposant publiquement la déchéance du pouvoir.L’humour subversif devient ainsi un instrument de désacralisation politique. En tournant les dirigeants en dérision, l’auteur s’attaque à la peur qui nourrit leur domination et remet en question la majesté artificielle dont ils s’entourent.

La chute ne concerne plus seulement un individu : elle prend la forme d’une contestation susceptible de se propager à l’ensemble du système.Cette démarche donne à l’œuvre une dimension à la fois satirique et philosophique. Elle rappelle que l’autorité politique ne peut durablement reposer sur la seule contrainte, l’intimidation ou la mise en scène de la puissance. Elle suppose également une légitimité morale, laquelle s’érode lorsque les gouvernants se coupent des réalités vécues par les populations.

Du renversement des idoles à la reconstruction de l’État

Le troisième tome marque une évolution importante dans la dynamique du roman : après la dénonciation des injustices et la déconstruction des mécanismes de domination vient le temps de la reconstruction. Devenu chef de la patrie, Juste Frank ne se limite plus au renversement des symboles de l’ancien ordre. Il engage une réflexion sur la réorganisation des institutions et les conditions d’une gouvernance renouvelée.Les propositions évoquées dans le récit, notamment la simplification des procédures électorales, la réduction des lourdeurs administratives et les mécanismes de contrôle de la présidence, traduisent la recherche d’un modèle politique plus transparent et davantage adapté aux réalités socioculturelles africaines.

Les notions de « monarchie giratoire » et d’« Observatoire national de la gouvernance présidentielle » participent à cette exploration fictionnelle des mécanismes de limitation et de suivi de l’exercice du pouvoir.Au-delà de ces dispositifs, Midom Mipi défend une conception de l’État fondée sur la responsabilité partagée. Le pouvoir ne devrait plus constituer une fin en soi, mais un mandat soumis à des exigences éthiques et à l’obligation de servir les citoyens.Le dénouement matrimonial prolonge cette réflexion. L’union de Juste Frank avec Milunga Gamanding, Anne Charette, présentée comme une figure de la bonne Samaritaine, acquiert une portée symbolique. Le choix d’une femme associée à la compassion et à la générosité, plutôt qu’aux critères de prestige incarnés par les reines de beauté, suggère une nouvelle hiérarchie des valeurs.

Le mariage célébré à Lolo-Balam représente ainsi davantage qu’une union personnelle : il symbolise le rapprochement entre le pouvoir politique et les exigences morales du service public.Sur le plan narratif, l’œuvre s’organise autour d’une progression en trois mouvements. Le premier expose la souffrance et l’injustice ; le deuxième met en scène la réaction et la démolition des systèmes corrompus ; le troisième ouvre la perspective d’une refondation institutionnelle et morale. Cette architecture confère au roman une cohérence qui conduit de la dénonciation à la rupture, puis de la rupture à la reconstruction.Par son alliance entre satire politique, éléments merveilleux, vocabulaire soutenu et néologismes, Présidenticide s’inscrit dans le registre de la littérature engagée. L’ample retour en arrière consacré au parcours de Juste Frank contribue à éclairer les ressorts de sa transformation et à donner une profondeur historique à son engagement.

En définitive, Midom Mipi utilise la fiction pour interroger les limites du pouvoir, les aspirations démocratiques et la quête de souveraineté des sociétés africaines. Son roman pose une question centrale : comment passer d’un système qui entretient la domination à un ordre politique fondé sur la responsabilité, la dignité humaine et la reconnaissance des citoyens ?

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Myriane Djamegne

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