Le phénomène des violences faites aux femmes et des féminicides continue de susciter une forte mobilisation au Cameroun. Pour agir contre ce fléau, le Comité de coordination pour la protection et l’encadrement psychologique des femmes et des personnes vulnérables au Cameroun a organisé, le 3 septembre 2026, une journée de sensibilisation consacrée au dialogue au sein des communautés et à la gestion pacifique des conflits.
La rencontre s’est tenue à la mairie de Yaoundé 7, à Nkolbisson, en présence du ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Pr Marie Thérèse Abena Ondoa.Cette initiative s’inscrit dans la dynamique impulsée par la Première dame du Cameroun, Chantal Biya, engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes et les féminicides. Lors de la célébration de la Journée internationale de la femme, le 8 mars dernier, elle avait déjà dénoncé ces violences. Mais, face à la persistance du phénomène, l’approche retenue ne se limite plus à la condamnation. Elle vise désormais à agir sur les causes profondes des violences à travers la recherche, la sensibilisation et l’accompagnement psychosocial.
Un accompagnement psychologique pour prévenir le passage à l’acte
Selon le MINPROFF, la démarche repose notamment sur un mémorandum d’entente signé entre le ministère de l’Enseignement supérieur, le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille et les onze universités d’État.
Le dispositif doit permettre de développer des travaux de recherche sur les causes des violences, mais aussi de renforcer les mécanismes d’écoute et de prise en charge.Les femmes victimes de violences, les jeunes et les personnes vulnérables sont particulièrement concernés par cet accompagnement. Mais l’approche entend également s’intéresser aux auteurs de violences. Pour le ministère, la prise en charge psychologique du « bourreau » est indispensable pour prévenir la récidive, notamment après une éventuelle période de détention.La création de centres d’écoute figure également parmi les principales orientations.
Ces structures devraient progressivement être implantées dans les communautés et dans le milieu universitaire afin d’offrir aux victimes des espaces où elles peuvent parler, être écoutées et orientées vers les services appropriés.Le choix de Yaoundé 7 constitue une première étape. L’objectif est de faire de cette commune un espace pilote, en impliquant notamment les autorités traditionnelles et les communautés, avant une extension progressive de l’initiative à l’ensemble du territoire national.

Briser la loi du silence et renforcer les relais locaux
La sensibilisation met également l’accent sur la responsabilité collective. Pour le MINPROFF, la lutte contre les violences ne peut être efficace si les victimes restent silencieuses ou si leur entourage considère les menaces et violences comme des affaires privées. Les populations sont donc appelées à signaler les situations préoccupantes et à encourager les victimes à dénoncer avant que les conflits ne dégénèrent.
Le dialogue apparaît comme l’un des principaux moyens de prévention. Les intervenants ont souligné que certaines violences peuvent partir de conflits apparemment mineurs, aggravés par le manque de communication, l’indifférence ou les difficultés économiques. L’autonomisation économique des femmes et des jeunes est également présentée comme un levier permettant de réduire certaines tensions au sein des ménages.Président des Communes et Villes Unies du Cameroun (CVUC) et maire de Yaoundé 7, Augustin Tamba a, pour sa part, salué l’initiative de la Première dame Chantal Biya et remercié le gouvernement pour son implication.
Il a insisté sur le rôle des collectivités territoriales dans la pérennisation du dispositif.« La commune doit avoir un rôle contributif. C’est ça qui donne aussi un sens à la décentralisation », a-t-il déclaré. L’édile entend notamment s’appuyer sur les comités de quartier, les chefferies traditionnelles et le dispositif d’accompagnement social de la commune pour relayer les messages de sensibilisation et atteindre les personnes vulnérables.Condamnant fermement les féminicides, Augustin Tamba a rappelé que « les personnes vulnérables doivent être protégées » et que ces crimes sont « inacceptables ». Pour lui, l’implication des relais communautaires permettra de rapprocher les mécanismes de prévention des populations.
À Yaoundé 7, l’ambition est donc de faire du dialogue, de l’écoute et de l’accompagnement psychosocial des outils permanents de prévention des violences. Une démarche appelée à s’étendre progressivement à d’autres communautés afin de contribuer à enrayer le phénomène des féminicides et à promouvoir des relations plus pacifiques au sein des familles.


