Les industries culturelles et créatives (ICC) s’imposent progressivement comme un levier de développement économique, de cohésion sociale et de promotion de la paix en Afrique.
C’est autour de cette conviction que s’est tenu à Yaoundé un forum consacré au potentiel des jeunes créateurs et à leur contribution aux Objectifs de développement durable (ODD).Organisée avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), cette rencontre entendait favoriser les échanges entre jeunes acteurs des industries culturelles et créatives, décideurs publics et partenaires au développement. Elle devait également présenter les premières conclusions d’une étude du PNUD consacrée à la contribution des ICC à la valorisation du potentiel des jeunes et à la réalisation des ODD en Afrique.Les recommandations issues des travaux doivent contribuer à alimenter les cadres de politiques publiques aux niveaux national et régional, notamment dans la perspective de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Le PNUD veut transformer la créativité en levier de paix
Pour Martin Hart-Hansen, représentant résident adjoint et responsable par intérim du PNUD au Cameroun, la culture et la créativité constituent des instruments particulièrement importants pour la jeunesse africaine. Elles permettent aux jeunes de créer des passerelles entre les communautés, de raconter leurs propres histoires et de développer des activités génératrices de revenus.« Culture and creativity are among the most powerful tools young Africans have to build bridges across communities, tell their own stories, and create sustainable livelihoods », souligne-t-il. Pour le responsable onusien, les jeunes créateurs participent également à la transformation de l’image du continent.
Cette approche s’inscrit dans le cadre plus large des interventions du PNUD en faveur de l’autonomisation économique des jeunes et de l’agenda « Jeunesse, paix et sécurité ». Elle rejoint également les actions menées avec Samsung dans le cadre de l’initiative Generation17 Young Leaders, destinée à soutenir de jeunes leaders engagés dans la réalisation des ODD à travers la narration, la technologie et l’action communautaire.Les échanges du forum se sont articulés autour de quatre axes : l’emploi des jeunes dans les ICC comme outil de cohésion sociale, les industries culturelles comme moteurs de croissance économique et de commerce régional, la cohésion sociale par l’expression culturelle, ainsi que la technologie et l’innovation au service de la transformation créative.
Mounouna Foutsou appelle les créateurs à investir les espaces numériques
Présent à la rencontre, le ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique, Mounouna Foutsou, a salué l’initiative du PNUD, qu’il considère comme particulièrement opportune dans le contexte actuel du Cameroun.Il a rappelé les actions engagées dans le cadre du Programme national d’éducation civique par le rayonnement moral et entrepreneurial, notamment les caravanes d’éducation civique et populaire destinées à promouvoir la paix. Ces initiatives mobilisent notamment des médiateurs communautaires, des ambassadeurs et des « ficelins de la paix ».
Le ministre a également évoqué la mise en œuvre du plan d’action national relatif à l’agenda « Jeunesse, paix et sécurité ». Pour lui, les jeunes créateurs réunis dans le cadre du forum peuvent contribuer à cette dynamique en utilisant leurs plateformes digitales et les réseaux sociaux pour relayer des messages de paix.« Les jeunes créateurs, artistes, influenceurs doivent contribuer à ce dialogue communautaire à la fois à la base et également dans les plateformes digitales », a-t-il indiqué, en insistant sur l’importance des communautés numériques dans lesquelles les jeunes sont aujourd’hui très présents.Cette mobilisation doit, selon lui, compléter les initiatives conduites au sein des communautés. Il encourage ainsi les acteurs des industries culturelles et créatives, les artistes et les influenceurs à s’engager davantage dans la campagne nationale d’éducation civique et d’intégration nationale.Stanley Enow : « Être créatif, c’est bien, mais être pacifique, c’est encore mieux »La mobilisation des artistes constitue l’un des autres enjeux mis en avant au cours du forum.
Pour Stanley Enow, l’engagement des créateurs ne doit pas se limiter au divertissement. Leur visibilité peut également servir à transmettre des messages positifs et à contribuer à créer un environnement favorable à la paix.L’artiste camerounais entend ainsi associer la voix de sa fondation à celle du PNUD pour sensibiliser la jeunesse. « Être créatif, c’est bien, mais être pacifique, c’est encore mieux », affirme-t-il.
Pour lui, la musique, les arts et l’artisanat peuvent contribuer à créer des espaces de détente et de dialogue dans les périodes marquées par les tensions. Il estime que les créateurs ont une responsabilité particulière dans la construction d’un environnement permettant aux jeunes, aux femmes et aux différentes composantes de la société de s’épanouir.Stanley Enow considère également que l’art permet de franchir les frontières sociales et géographiques. Les artistes peuvent ainsi porter des messages susceptibles de toucher différents publics et de promouvoir des valeurs communes.« On est de la paix et on devrait également la promouvoir à travers notre art », insiste-t-il, appelant à une créativité porteuse de messages positifs et de changement social.
De la réalité virtuelle au service du patrimoine à la construction d’une culture de paix
Le forum a également permis de mettre en lumière des initiatives innovantes venues d’autres pays africains. Basé en Côte d’Ivoire, un jeune créateur développe notamment des jeux vidéo destinés à promouvoir le patrimoine culturel ivoirien et africain.
Son projet repose sur la réalité virtuelle. Grâce à des casques immersifs, les utilisateurs peuvent visiter virtuellement différents sites du pays, découvrir des éléments du patrimoine, jouer à des instruments de musique traditionnels ou encore expérimenter des danses liées aux masques et aux traditions culturelles.Pour le créateur ivoirien, cette technologie offre une nouvelle manière de transmettre le patrimoine aux jeunes générations, dans un contexte où une partie de la jeunesse connaît encore insuffisamment la richesse culturelle de son environnement.L’expérience illustre ainsi l’un des enjeux centraux du forum : utiliser les outils contemporains, notamment le numérique, les réseaux sociaux, les jeux vidéo et les technologies immersives, pour rapprocher les jeunes de leur culture tout en favorisant le dialogue et la cohésion.
Au-delà de leur dimension économique, les industries culturelles et créatives apparaissent ainsi comme un espace où peuvent se rencontrer innovation, identité culturelle, entrepreneuriat et engagement citoyen. Pour le PNUD et les acteurs réunis à Yaoundé, l’enjeu consiste désormais à mieux accompagner cette dynamique à travers des politiques publiques, des investissements et des dispositifs permettant aux jeunes créateurs de transformer leur potentiel en opportunités durables au service du développement et de la paix.




