Entretien avec Jéhu Ndoumi, Président-Directeur Général de Yunus Group SA, tête de file du consortium candidat au projet DBFM de réhabilitation et de modernisation de la SONARA.
Vous participez aujourd’hui au Market Sounding organisé autour du projet SONARA. Que représente cet événement pour Yunus Group et son consortium ?
C’est un moment décisif. Le Market Sounding n’est pas une simple formalité de marché : c’est l’instant où l’État du Cameroun ouvre un dialogue structuré avec les opérateurs capables de porter un projet de cette envergure. Pour Yunus Group SA, en tant que tête de file, c’est l’occasion d’exposer non pas une intention, mais une architecture financière et industrielle aboutie, déjà éprouvée par nos partenaires. Nous ne venons pas découvrir le dossier ; nous venons confirmer un engagement de longue date au service de la souveraineté énergétique camerounaise.
Pouvez-vous présenter le consortium que vous conduisez ?
Nous avons réuni un attelage cohérent, où chaque partenaire répond à un besoin précis du projet. Yunus Group SA assure le pilotage et l’ingénierie financière, avec sa mécanique EQ-BSM et son architecture de structuration. Sinopec-SEG apporte la profondeur technologique et la capacité d’exécution sur le volet ingénierie et reconstruction.
PEIPL, Promax United et GlobalEthix complètent l’ensemble sur les dimensions opérationnelles, d’approvisionnement et de gouvernance. C’est un consortium pensé pour la complémentarité, pas pour l’addition de noms.Le projet est évalué à près de 700 milliards de FCFA.
Comment comptez-vous le financer sans alourdir la dette publique ?
C’est précisément là que réside notre différence. Le modèle DBFM — Design, Build, Finance, Maintain — permet de transférer le financement et le risque de construction au partenaire privé, sans peser directement sur le bilan de l’État. Notre structuration repose sur des véhicules dédiés, des garanties de premier rang et notre mécanisme propriétaire EQ-BSM, qui sécurise les flux et rassure les bailleurs. L’objectif est clair : remettre la SONARA en marche en préservant les finances publiques camerounaises et en garantissant la bancabilité aux investisseurs.
Au-delà de la dimension financière, quelle est votre vision industrielle pour la SONARA ?
La SONARA n’est pas un actif comptable, c’est un actif stratégique. La moderniser, c’est redonner au Cameroun la maîtrise de sa chaîne de valeur pétrolière, réduire sa dépendance aux importations de produits raffinés et créer un pôle régional dans le golfe de Guinée. Notre vision est celle d’une raffinerie reconstruite aux meilleurs standards, alignée sur les spécifications réglementaires, créatrice d’emplois qualifiés et ancrée dans un écosystème industriel local.La jeunesse et l’inclusion reviennent souvent dans votre discours.
Quelle place ont-elles dans un projet de cette nature ?
Une place centrale. Ma conviction tient en une phrase qui guide toute mon action : former, financer et inclure la jeunesse africaine, c’est libérer l’énergie créatrice qui transformera notre continent. Un projet comme la SONARA doit irriguer l’économie réelle : formation technique, transfert de compétences, sous-traitance locale, inclusion des PME camerounaises. Nous ne concevons pas la finance structurée comme une fin, mais comme un levier d’inclusion économique et sociale.
Quels sont, selon vous, les principaux facteurs de réussite de ce projet ?
Trois conditions. D’abord, la solidité de la structuration financière — et nous l’apportons. Ensuite, la qualité de l’exécution technique — et nos partenaires industriels en sont la garantie. Enfin, et c’est essentiel, un dialogue de confiance et de transparence avec l’État et les institutions camerounaises. Le Market Sounding est la première pierre de cette confiance.
Qu’attendez-vous concrètement de ces deux journées au Hilton de Yaoundé ?
Nous attendons un échange de fond avec l’autorité contractante et les parties prenantes, une clarification des attentes et du calendrier, et la démonstration que notre consortium dispose à la fois de la capacité financière, de la profondeur technique et de la vision de long terme. Nous venons écouter autant que présenter. C’est dans cette qualité d’écoute que se construisent les partenariats durables.Vous avez publié un nouvel ouvrage consacré aux marchés financiers et au trading.
Pourquoi ce livre, et pourquoi maintenant ?
Parce qu’il manquait, dans l’espace francophone, un ouvrage qui relie la théorie des marchés à la pratique réelle du trading et de la finance structurée, avec un ancrage africain assumé. J’ai voulu transmettre ce que vingt ans de pratique m’ont appris : les marchés ne sont pas une abstraction réservée à quelques initiés, ce sont des mécanismes que l’on peut comprendre, maîtriser et mettre au service du développement. Le publier aujourd’hui, au moment où nous structurons des opérations comme la SONARA, n’est pas un hasard : la théorie et le terrain s’y répondent.

À qui s’adresse cet ouvrage ?À un public volontairement large.
Aux étudiants et jeunes professionnels qui veulent des fondations solides en économétrie, en évaluation d’actifs et en gestion du risque. Aux praticiens — traders, analystes, structureurs — qui cherchent un cadre rigoureux et des cas concrets. Et aux décideurs institutionnels qui veulent comprendre la logique des instruments financiers qu’ils mobilisent. C’est un livre d’initiation exigeante autant qu’un ouvrage de référence.
En quoi votre approche se distingue-t-elle des manuels classiques ?
Par le refus de séparer la rigueur académique de l’expérience opérationnelle. Chaque concept — la formation des prix, la couverture, la gestion du risque de marché et de contrepartie, les architectures de financement — est illustré par des situations que j’ai réellement rencontées, depuis Luxembourg comme sur les marchés africains. J’y intègre aussi ma conviction profonde : la finance n’a de sens que lorsqu’elle devient un levier d’inclusion. C’est un fil rouge du livre.
Quel lien faites-vous entre cet ouvrage et vos mandats de structuration, comme la SONARA ?
Un lien direct. Les mécanismes que je décris dans le livre — véhicules dédiés, garanties, instruments non récurrents, gestion du risque — sont exactement ceux que nous mettons en œuvre dans nos opérations. Écrire, pour moi, c’est formaliser et transmettre une méthode éprouvée sur le terrain. Le livre et les mandats se nourrissent l’un l’autre : l’un théorise ce que l’autre exécute.
Qu’espérez-vous que vos lecteurs en retiennent ?
Qu’ils repartent avec des outils, mais surtout avec une conviction : la maîtrise des marchés financiers est un instrument de souveraineté. Former une génération de financiers africains capables de structurer eux-mêmes les grands projets du continent, c’est l’ambition de ce livre. Il prolonge, sous une autre forme, le même engagement que je porte avec Yunus Group.
Un mot pour conclure ?
La SONARA mérite mieux qu’une remise à niveau : elle mérite une renaissance. Yunus Group et l’ensemble de ses partenaires sont prêts à y consacrer leur savoir-faire, leurs capitaux et leur engagement. Nous croyons en un Cameroun maître de son énergie, et en une Afrique qui finance et transforme elle-même son avenir — par ses projets comme par ses idées.


