À Madagascar, la Commission électorale indépendante a dévoilé son calendrier : un référendum constitutionnel en juin 2027, suivi d’une présidentielle en octobre. L’annonce marque le début du compte à rebours pour la transition, lancée après la chute d’Andry Rajoelina, en octobre dernier. La Commission électorale nationale indépendante (Céni) qui vient de renouveler son Bureau permanent, doit aussi composer avec une défiance persistante d’une partie de la population.Onze mois pour reconstruire entièrement le fichier électoral. C’est le défi que s’est fixé la Céni qui prévoit d’effacer toutes les bases de données existantes pour les reconstituer de zéro, à partir des plus petites subdivisions administratives du pays. Le chantier annoncé par la Céni est colossal.Une refonte présentée comme indispensable par son président, Thierry Rakotonarivo, qui promet une nouvelle méthode de travail : « Nous allons utiliser des modes opératoires vraiment transparents. Nous allons instaurer, au niveau de chaque quartier, un comité local de recensement des électeurs et, dans ce comité, on invite tout le monde à y participer : les représentants des partis politiques et les représentants de la société civile. »Cependant l’institution part de loin. Dans un pays marqué par une transition politique encore fragile et une jeunesse qui a fait tomber le précédent pouvoir, la Céni doit reconquérir une partie de l’opinion.Thierry Rakotonarivo, président de la Céni, dit en être conscient : « Nous allons faire tout notre possible pour regagner cette confiance-là. Nous allons essayer de travailler seulement avec notre conscience professionnelle. Nous avons déjà dit à la population que nous allons travailler conformément aux lois et règlements en vigueur, avec une transparence effective et des modes opératoires inclusifs. »
Société civile et Gen Z perplexes face aux annonces
Pour les jeunes du mouvement Gen Z, à l’origine du soulèvement d’octobre dernier, ces mesures peinent à les convaincre. « Les récentes annonces de la Céni nous laissent dans l’expectative, explique Zou, membre de la Gen Z. La commission veut avancer vers la refonte de la liste électorale, ainsi qu’une concertation nationale pour l’élaboration du code électoral.
Ce sont des avancées qui sont plutôt positives pour nous. Mais nous attendons toujours plus de transparence. »Du côté des organisations de la société civile, ces évolutions sont jugées largement insuffisantes. Hony Radert, secrétaire générale du Collectif des citoyens et des organisations citoyennes, appelle à une réforme bien plus radicale. « Pour nous, la Céni telle qu’elle est aujourd’hui n’est pas acceptable. Ce n’est pas parce qu’on change de costume ou de peau que l’on change d’âme. C’est la structure même de la Céni qui pose problème. Il faut démonter sa structure et passer à la concertation pour déterminer ensemble les règles de la gouvernance électorale. »
La communauté internationale qui a validé le délai de transition de 24 mois, attend désormais des élections libres et transparentes. Premier test : le référendum constitutionnel de juin 2027. Le calendrier doit s’achever avec la présidentielle d’octobre 2027. D’ici là, le gouvernement de la Refondation, mené par le colonel Michaël Randrianirina, devra composer avec une opinion publique attentive et une jeunesse mobilisée.



