Le 20 mai 2026 , la communauté métrologique internationale a placé son édition 2026 sous un thème résolument tourné vers la gouvernance : « La métrologie pour renforcer la confiance dans l’élaboration des politiques ». Loin des laboratoires et des instruments de pesage, ce message interpelle directement les décideurs camerounais, appelés à fonder leurs arbitrages sur des données mesurables et vérifiables plutôt que sur l’approximation.
Chaque année depuis la proclamation de l’UNESCO en novembre 2023, le Bureau international des poids et mesures (BIPM) et l’Organisation internationale de métrologie légale (OIML) choisissent un thème destiné à rappeler que la science des mesures, aussi discrète soit-elle, structure l’ensemble de la vie économique et sociale. Après « des mesures à tous les temps et à tous les peuples » en 2025, année du 150ᵉ anniversaire de la Convention du Mètre, l’édition 2026 déplace le projecteur vers un terrain plus politique : celui de la décision publique elle-même.
Des chiffres avant les choix
L’idée maîtresse est simple à énoncer, plus exigeante à mettre en œuvre : aucune politique publique sérieuse — qu’elle porte sur la fiscalité, l’environnement, la santé ou les infrastructures — ne peut se construire durablement sur des approximations. Fixer un seuil de pollution acceptable, calibrer une subvention agricole, évaluer l’impact d’une norme de construction ou ajuster un barème douanier suppose, en amont, des mesures fiables, traçables et reconnues par tous les acteurs concernés.C’est précisément le rôle que joue, au Cameroun, la Direction de la Métrologie, de la Qualité et des Prix (DMQP), rattachée au ministère du Commerce. Sous la conduite de son directeur, Freddy Noah Ava, cette structure veille à l’application de la loi n° 2004/002 du 21 avril 2004 régissant la métrologie légale, texte qui encadre depuis plus de vingt ans la vérification des instruments de mesure utilisés dans le commerce, l’industrie et les services publics.
Une exigence de transparence
Le thème 2026 met en avant un mot souvent absent du débat public : la confiance. Une politique fondée sur des données mesurables gagne en crédibilité, parce qu’elle peut être vérifiée, contestée avec des arguments et corrigée si nécessaire. À l’inverse, une décision prise sans base métrologique solide s’expose au doute, à la contestation, voire à l’échec silencieux.Dans le contexte camerounais, cette exigence trouve une résonance particulière.
Le pays s’est engagé, au fil des dernières années, dans plusieurs chantiers où la fiabilité de la mesure conditionne directement l’efficacité de l’action publique : la régulation des prix des produits de grande consommation, la lutte contre la fraude sur les instruments de pesée dans les marchés, le contrôle des volumes de carburant à la pompe, ou encore la certification des produits estampillés « origine Cameroun ». Autant de domaines où un écart de mesure, même minime, se traduit par une perte de confiance des citoyens envers les institutions censées les protéger.
Le triennat 2026-2028 en ligne de mire
Le Comité interministériel d’examen des programmes (CIEP) a d’ailleurs recommandé, pour le triennat budgétaire 2026-2028, que le ministère du Commerce clarifie le positionnement de ses missions de régulation et engage une réflexion structurelle sur l’encadrement de la contrefaçon et de la contrebande. Ce travail, qui s’inscrit dans le programme budgétaire consacré à la « promotion de la métrologie, de la veille normative et de l’encadrement du juste prix », illustre combien la fonction métrologique irrigue déjà, en creux, la construction des politiques publiques sectorielles.
Le message de l’édition 2026 vient ainsi conforter une dynamique déjà amorcée : celle d’une administration qui cherche à documenter ses décisions par des indicateurs vérifiables plutôt que par des intentions déclaratives. Les taux de résultats techniques publiés par les services du ministère — qu’il s’agisse de l’assainissement du marché intérieur ou de la stabilité des prix des produits de grande consommation — témoignent de cette volonté de piloter l’action publique à l’aide de repères chiffrés, même si des marges de progression subsistent.
Une science au service du citoyen
Au-delà des cénacles institutionnels, le thème 2026 rappelle une vérité simple : la métrologie n’est pas l’affaire des seuls experts en blouse blanche. Elle façonne le prix payé à la pompe, la quantité réelle contenue dans un sac de riz, la fiabilité d’un diagnostic médical ou la sécurité d’un pont routier. Chaque politique publique qui s’appuie sur une mesure fausse ou contestée fragilise, in fine, la relation entre l’État et ses citoyens.
En choisissant de placer la confiance au cœur de son thème annuel, la communauté métrologique internationale invite les gouvernants — et le Cameroun ne fait pas exception — à considérer la mesure non comme un détail technique, mais comme un pilier de la bonne gouvernance. À l’heure où le pays affine ses arbitrages budgétaires pour la période 2026-2028, ce rappel tombe à point nommé : gouverner, c’est aussi savoir mesurer avec exactitude ce que l’on décide de changer.



