Après plus de vingt ans d’études, de concertations et de reports, le projet de rénovation et de réhabilitation du Port fluvial de Garoua semble se rapprocher d’une phase opérationnelle. L’enjeu dépasse la remise en état d’une infrastructure : il s’agit de doter le Nord-Cameroun d’un outil logistique susceptible d’accompagner le développement de ses activités agricoles, commerciales et industrielles.
À Garoua, les pouvoirs publics cherchent désormais à finaliser le cadre juridique et institutionnel devant permettre de passer des études à l’exécution. Une évolution qui intervient alors que les contraintes liées au transport, au désenclavement et à l’approvisionnement continuent de peser sur la compétitivité économique de la région.
Plus de vingt ans entre études et recherche d’un cadre opérationnel
Le projet de réhabilitation du Port fluvial de Garoua remonte à 2002. Depuis, plusieurs études de faisabilité et ateliers techniques ont été conduits, notamment sous l’impulsion du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) et du Port autonome de Douala (PAD).Une étape importante a été franchie en août 2024, à l’issue d’un atelier présidé par le gouverneur de la région du Nord, Jean Abate Edi’i, en présence notamment du directeur général du PAD, Cyrus Ngo’o. L’État, à travers le MINEPAT, et la Communauté urbaine de Garoua, gestionnaire du port, avaient alors retenu le Port autonome de Douala pour conduire le chantier de rénovation et de réhabilitation.Cette décision traduit une volonté de faire évoluer le dossier vers une organisation plus concrète de sa mise en œuvre. Mais entre la décision de principe et le démarrage effectif des travaux, plusieurs conditions doivent encore être réunies, notamment sur les plans juridique, technique et environnemental.
Un outil logistique pour renforcer la compétitivité du Nord
La question portuaire prend une dimension particulière dans une région où l’agriculture constitue un pilier majeur de l’activité économique. Coton, céréales, produits de l’élevage et autres productions agricoles doivent pouvoir circuler dans des conditions compatibles avec les exigences des marchés.La réhabilitation du port pourrait ainsi contribuer à diversifier les solutions de transport disponibles autour de Garoua. Pour les opérateurs économiques, l’enjeu est moins de disposer d’une infrastructure supplémentaire que de réduire les contraintes qui renchérissent le déplacement des marchandises et compliquent l’approvisionnement des entreprises.
Le port pourrait également accompagner le développement de la transformation locale. Une meilleure connexion entre zones de production, unités industrielles et marchés permettrait de renforcer les chaînes de valeur régionales, à condition que les infrastructures connexes suivent le mouvement.C’est donc la fonction économique du port qui se trouve au cœur du projet. Sa modernisation ne produira pleinement ses effets que si elle s’inscrit dans un système logistique plus large associant routes, énergie, production agricole, activités industrielles et réseaux commerciaux.
Le dragage du lac de Lagdo, condition d’un projet plus large
La réhabilitation du port est par ailleurs étroitement liée à l’état du lac de retenue de Lagdo. Son envasement constitue désormais l’une des préoccupations majeures des autorités régionales avant toute évolution significative de l’infrastructure portuaire.Le gouverneur Jean Abate Edi’i a récemment reçu une délégation comprenant notamment des responsables du MINEPAT et du PAD pour examiner cette problématique. Il a souligné l’urgence du dragage du lac, en raison des risques que son envasement ferait peser sur plusieurs secteurs stratégiques.Le barrage de Lagdo, la production d’électricité, l’environnement, la sécurité ainsi que les activités agricoles et économiques sont directement concernés.
Le dragage apparaît dès lors comme une opération qui dépasse la seule question de la navigabilité ou du fonctionnement du port.Cette articulation entre le port et le lac révèle l’une des principales caractéristiques du dossier : la réhabilitation de l’infrastructure portuaire ne peut être isolée des conditions naturelles et énergétiques qui déterminent son fonctionnement. Autrement dit, remettre le port en état sans traiter durablement les contraintes qui affectent le plan d’eau réduirait la portée de l’investissement.Le souhait exprimé par le gouverneur de voir l’atelier de relecture déboucher rapidement sur l’exécution traduit ainsi l’urgence accordée au projet.
Après plus de deux décennies de réflexion, le principal défi consiste désormais à transformer les études et décisions accumulées en réalisations concrètes.Pour le Nord-Cameroun, la réussite du projet se mesurera donc moins à la rénovation physique du Port de Garoua qu’à sa capacité à améliorer durablement la circulation des marchandises, à soutenir les activités productives et à renforcer la connexion économique du territoire avec les autres bassins d’échanges.




