L’Association Nationale des Aveugles du Cameroun (ANAC), avec l’appui de l’Union Africaine des Aveugles, a organisé ce 25 avril 2026 un séminaire de formation dédié à la locomotion, la mobilité et l’orientation. Accueillie au siège de la Fédération camerounaise des sports pour déficients intellectuels, la rencontre a réuni une quarantaine de participants venus de plusieurs régions du pays.Enseignants spécialisés, étudiants, guides et acteurs communautaires ont pris part à cette session qui visait à renforcer les capacités d’accompagnement des personnes déficientes visuelles. Pendant plus de cinq heures, les participants ont alterné entre apports théoriques et exercices pratiques.Les travaux ont été ouverts et clôturés par le Directeur exécutif de l’ANAC, Léopold Assiene Ndiomo, entouré de plusieurs responsables de l’organisation. La coordination des activités a été assurée par Étienne Didier Onana, Directeur de la Formation, de la Presse et de l’Édition, qui a rythmé les échanges et structuré les différents modules.
Des experts au cœur de la Transmission
Pour garantir la qualité de la formation, l’ANAC a mobilisé des spécialistes expérimentés. Ndi François, fort de plus de quarante ans d’expérience, a partagé des techniques éprouvées de déplacement autonome et d’orientation spatiale.De son côté, le Dr Rodrigue Fulbert Zogning, instructeur en locomotion, a animé les ateliers pratiques, notamment le parcours à la canne blanche. En amont, les bases théoriques ont été rappelées afin de permettre aux participants de mieux appréhender les exercices de terrain.

Une immersion marquante dans le quotidien des non-voyants
Moment fort du séminaire : la mise en situation réelle. Deux groupes de participants, les yeux bandés et munis de cannes blanches, ont parcouru une distance d’environ 50 mètres en pleine rue.Objectif : ressentir concrètement les défis auxquels font face les personnes aveugles. Entre hésitations, concentration et surprises, l’expérience a suscité une prise de conscience immédiate.La démonstration de Martin Luther Amahata Adibita, lui-même non-voyant et fort de plus de 40 ans d’expérience, a particulièrement marqué les esprits. Il a détaillé avec précision les techniques de déplacement, les postures et les stratégies d’orientation, offrant une véritable leçon de maîtrise et de résilience.
Un engagement renforcé pour l’autonomie
Au-delà de la formation, l’initiative s’est traduite par des actions concrètes. Dix cannes blanches ont été remises à l’ANAC et à des personnes déficientes visuelles, afin de soutenir leur mobilité au quotidien.
Pour Léopold Assiene Ndiomo, cette démarche s’inscrit dans une vision plus large :« La canne blanche n’est pas un symbole de dépendance, mais un outil de liberté. Face à la progression des maladies cécitantes, souvent aggravées par la pauvreté, il est essentiel de transmettre les techniques de mobilité aux nouvelles générations. »L’ANAC prévoit d’ailleurs d’étendre ce programme à d’autres villes du Cameroun dans le cadre d’un plan d’action triennal. Les prochaines étapes incluront également des formations en braille, notamment sur les symboles mathématiques, ainsi que la promotion de la participation des personnes handicapées à la vie publique.
Des participants convaincus et Transformer
Les réactions recueillies à l’issue du séminaire témoignent de l’impact de la formation.« J’enseigne aux enfants aveugles depuis 12 ans, mais c’est la première fois que je ressens réellement leur réalité. Les 50 mètres m’ont semblé faire un kilomètre », confie NGO Sana Hermine Venus, enseignante à Dimako.Même enthousiasme chez Bello Adamou, étudiant en sciences de l’éducation à Ngaoundéré :« Cette expérience m’a profondément marqué. Elle montre que le handicap dépend souvent du regard des autres. Je souhaite désormais me spécialiser en locomotion. »



