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Cameroun -Restaurer les paysages, renforcer les communautés : le nouveau défi du septentrion

Longtemps considérées comme des réservoirs de ressources pastorales, agricoles, halieutiques et forestières, les régions du Nord et de l’Extrême-Nord du Cameroun sont aujourd’hui confrontées à une combinaison de pressions environnementales et climatiques. Le projet de gestion intégrée des paysages soumis à validation entend agir simultanément sur la restauration des terres, la préservation de la biodiversité et l’adaptation des communautés.

Une richesse naturelle fragilisée par des pressions multiples

Le Nord et l’Extrême-Nord disposent d’un patrimoine naturel qui joue un rôle déterminant dans la vie des populations. Ressources en eau, terres agricoles, pâturages, produits forestiers non ligneux et ressources halieutiques constituent une partie importante des moyens de subsistance et des activités économiques locales.Mais cette richesse est soumise à une pression croissante.

La dégradation des terres et des écosystèmes, la perte de biodiversité et l’exploitation accrue des ressources naturelles se conjuguent désormais aux effets des changements climatiques. La récurrence des épisodes de sécheresse ajoute une contrainte supplémentaire à des territoires où l’agriculture, l’élevage et la pêche dépendent fortement des conditions naturelles.L’enjeu dépasse donc la seule protection de l’environnement. Lorsque les terres se dégradent et que les ressources deviennent plus rares, ce sont les capacités de production et les revenus des ménages qui sont directement affectés. La compétition autour de l’eau, des pâturages ou des terres peut également s’intensifier, compliquant davantage la gestion des ressources.

Cette situation pose ainsi une équation complexe : comment préserver les écosystèmes tout en permettant aux populations qui en dépendent de continuer à produire et à vivre de leurs activités ?

Restaurer les terres sans dissocier environnement et développement

C’est précisément sur cette articulation que repose le projet de gestion intégrée des paysages, de l’utilisation durable de la biodiversité et de la résilience à la sécheresse dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord.Son approche repose sur une idée centrale : la restauration des écosystèmes ne peut être durable si elle ne s’accompagne pas d’un renforcement des capacités des communautés et d’une adaptation des systèmes de production.Trois leviers sont ainsi mis en avant. Le premier consiste à renforcer les capacités des communautés à faire face à la sécheresse et à la variabilité climatique. Le deuxième vise à restaurer les terres et les écosystèmes dégradés afin qu’ils puissent retrouver leurs fonctions écologiques. Le troisième porte sur la promotion de pratiques agricoles, pastorales et de gestion des ressources naturelles davantage adaptées aux nouvelles conditions climatiques.Cette approche permet de dépasser une conception strictement environnementale de la restauration. Il ne s’agit pas seulement de reconstituer des espaces dégradés, mais aussi de préserver les fonctions économiques et sociales qu’ils remplissent pour les populations.

La réussite d’une telle démarche dépendra toutefois de sa capacité à prendre en compte les réalités locales. Les pratiques agricoles et pastorales, l’accès aux ressources en eau, les besoins des communautés et les modes traditionnels de gestion des espaces devront être intégrés dans les mécanismes d’intervention. La résilience ne se décrète pas : elle se construit à partir des capacités réelles des populations à anticiper, absorber et surmonter les chocs climatiques.

Une étape décisive avant la mise en œuvre

L’atelier national de validation organisé à Yaoundé constitue, dans cette perspective, une étape importante. L’objectif est d’examiner, de finaliser et de valider le document de projet avec les différentes parties prenantes avant sa soumission au secrétariat du Fonds pour l’environnement mondial (FEM).La démarche prévoit notamment la présentation de la méthodologie ayant conduit à l’élaboration du document, l’examen de sa version finale ainsi que l’intégration des observations, contributions et recommandations des participants.Cette phase de concertation revêt un intérêt particulier.

Un projet conçu pour des territoires aussi vastes et soumis à des contraintes multiples doit pouvoir articuler les interventions des administrations, des partenaires techniques et financiers, des experts et des communautés bénéficiaires. L’appropriation collective du document constitue donc une condition importante de sa mise en œuvre.L’ambition affichée par le Cameroun est de parvenir à un document solide, cohérent, réaliste et suffisamment ambitieux pour contribuer durablement à la conservation de la biodiversité, à la restauration des paysages et au renforcement de la résilience des populations.Au fond, le défi du Nord et de l’Extrême-Nord n’est plus seulement de préserver ce qui reste des ressources naturelles.

Il est également de restaurer ce qui a été dégradé et de repenser les modes de production afin qu’ils restent compatibles avec un environnement soumis à une pression climatique croissante. La gestion intégrée des paysages apparaît ainsi comme un point de rencontre entre protection de la nature, sécurité des moyens de subsistance et adaptation climatique.

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Myriane Djamegne

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