Près de 371 000 élèves bénéficiaires dans six régions, plus de 454 établissements scolaires concernés par les programmes d’urgence et un modèle d’approvisionnement fondé sur la production locale. Le Cameroun entend franchir une nouvelle étape dans sa politique d’alimentation scolaire à travers la Stratégie nationale d’alimentation scolaire (SNAS) 2025-2030. Présentée par le ministère de l’Éducation de base, cette feuille de route ambitionne de garantir à chaque enfant en âge scolaire un accès à des repas équilibrés, sains et nutritifs, tout en faisant des cantines scolaires un levier de développement économique et social.
L’alimentation scolaire s’est progressivement imposée comme un instrument de lutte contre les inégalités éducatives et nutritionnelles. À l’échelle mondiale, plus de 466 millions d’enfants bénéficient quotidiennement de programmes de repas scolaires, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2020. Les investissements annuels dans ce secteur sont estimés à près de 75 milliards de dollars. Au-delà de la nutrition, ces dispositifs contribuent à améliorer les performances scolaires, à réduire l’absentéisme et à soutenir la création d’emplois dans plusieurs secteurs économiques.
371 000 élèves déjà couverts dans six régions
Au Cameroun, les études et recherches documentées dans la SNAS établissent une corrélation entre l’alimentation scolaire et l’amélioration des résultats éducatifs. Le gouvernement déploie ainsi des programmes d’intervention dans les régions du Nord, de l’Extrême-Nord, de l’Adamaoua, de l’Est, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, à travers notamment les cantines scolaires.Ces interventions comprennent le programme d’urgence de lutte contre la crise alimentaire, les actions du Comité interministériel de lutte contre la malnutrition ainsi que les dispositifs d’octroi de rations sèches aux élèves filles. Elles bénéficient également de l’accompagnement de partenaires tels que le Programme alimentaire mondial (PAM) et la Banque mondiale.
Selon les données présentées dans la stratégie, ces initiatives couvrent près de 371 000 élèves dans les six régions concernées. Elles auraient contribué à porter le taux de scolarisation à environ 95 % dans les zones ciblées, tandis que les taux de rétention et d’achèvement atteindraient près de 76,3 %. Des améliorations des performances scolaires sont également relevées chez les élèves bénéficiaires. Par ailleurs, la cartographie nationale de l’alimentation scolaire recense plus de 454 établissements bénéficiaires des programmes d’urgence.Ces résultats constituent une base pour renforcer les interventions et élargir progressivement leur couverture, particulièrement dans les zones les plus vulnérables.
Le modèle local au cœur de la stratégie 2025-2030
Pour atteindre ses objectifs, le Cameroun a retenu le modèle « Home Grown School Feeding », qui privilégie l’approvisionnement des cantines scolaires en produits agricoles locaux. Cette approche vise à concilier sécurité alimentaire et nutritionnelle des élèves avec le développement des chaînes de valeur agricoles nationales.
En s’appuyant notamment sur les coopératives et les petits producteurs, le dispositif entend créer des débouchés commerciaux pour les exploitations locales et faciliter leur intégration dans les marchés institutionnels. Il s’inscrit ainsi dans une logique de promotion du « Made in Cameroon » et d’autonomisation des communautés rurales.La stratégie repose sur douze principes directeurs, parmi lesquels la multisectorialité, la subsidiarité, le partenariat, la coordination, l’équité, le respect des droits de l’enfant, le développement local, la transparence, la responsabilité, la protection de l’environnement et la durabilité.Sa mise en œuvre s’articule autour de trois piliers : l’élargissement de la couverture des programmes d’alimentation scolaire, le développement du cadre institutionnel ainsi que le renforcement de la gouvernance et de la gestion institutionnelle.
Concrètement, le gouvernement prévoit de privilégier les régions les plus nécessiteuses, d’améliorer les taux de scolarisation, de rétention et d’achèvement, ainsi que les performances scolaires grâce à des repas adaptés et nutritifs. La stratégie prévoit également le développement des infrastructures et équipements nécessaires au fonctionnement durable des cantines. Dans les établissements, la gestion de ces structures est assurée par des organes spécialisés dénommés comités de gestion des cantines scolaires.

Financement et mobilisation des collectivités, les défis de la pérennisation
Si les ambitions de la SNAS sont importantes, leur concrétisation dépendra de la capacité du pays à mobiliser des ressources financières et matérielles sur le long terme. La stratégie identifie plusieurs sources de financement : l’État, les collectivités territoriales décentralisées (CTD), les partenaires techniques et financiers, les entreprises, les citoyens et les organisations de la société civile.Toutefois, plusieurs difficultés persistent, notamment l’appropriation insuffisante du programme par certaines collectivités, la nécessité d’une implication accrue des communautés et les déficits de financement susceptibles de compromettre la continuité des interventions et l’extension de leur couverture.
Pour relever ces défis, la stratégie préconise une répartition claire des responsabilités entre les parties prenantes, une planification inclusive et participative ainsi qu’une communication efficace autour des enjeux de l’alimentation scolaire. Elle insiste également sur la mise en place d’un mécanisme de financement diversifié et durable et d’un système d’approvisionnement capable de résister aux perturbations climatiques et économiques.Une attention particulière devra être accordée aux enfants issus des communautés les plus défavorisées afin de garantir une répartition équitable des bénéfices du programme.
À l’horizon 2030, le Cameroun ambitionne ainsi de passer de programmes ciblés et d’interventions d’urgence à un dispositif national progressivement institutionnalisé et financièrement pérenne. Au-delà de la distribution des repas, la SNAS entend faire des cantines scolaires un instrument de réussite éducative, de promotion de la production nationale et de transformation des économies locales.


