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Mozambique : la consommation de drogue progresse sur fond d’intensification du trafic

Longtemps considéré comme un simple pays de transit pour les stupéfiants à destination des marchés internationaux, le Mozambique fait désormais face à une augmentation de la consommation locale de drogues. La hausse des hospitalisations liées à la toxicomanie et l’apparition de nouvelles substances, notamment le fentanyl et la méthamphétamine, suscitent de vives inquiétudes chez les autorités et les spécialistes.

Le phénomène prend de l’ampleur dans ce pays d’Afrique australe, où les réseaux de trafic profitent des longues côtes de l’océan Indien et de la porosité des frontières pour acheminer différentes substances illicites. Selon les données gouvernementales, les hospitalisations liées à la consommation de drogues ont augmenté de 38 % en 2025, dépassant les 32 280 cas. Un bilan qui, selon les experts, ne représenterait qu’une partie de la réalité.À Maputo, la capitale, les conséquences de cette évolution sont déjà visibles. Le parcours d’Elton Raimundo Joaquim, 27 ans, illustre les difficultés rencontrées par les personnes dépendantes. Ancien musicien, il raconte comment sa consommation de cannabis, de crack et d’héroïne l’a conduit à la précarité, au point de commettre des vols pour financer son addiction. Malgré une tentative de désintoxication infructueuse, il espère encore sortir de cette dépendance.

De pays de transit à un marché local en pleine expansion

La transformation du Mozambique en pays consommateur constitue désormais une préoccupation majeure pour les autorités chargées de la lutte contre les stupéfiants. Avec environ 2 500 kilomètres de côtes sur l’océan Indien, le pays occupe une position stratégique sur les routes internationales du trafic de drogue.Selon Jose Bambo, porte-parole du Bureau national de prévention de la drogue (GCPCD), le Mozambique était encore considéré, il y a cinq ans, comme un territoire de transit. Aujourd’hui, une partie des substances acheminées sur son territoire alimente directement le marché local.Cette évolution s’accompagne d’une diversification des produits disponibles. Outre l’héroïne et la méthamphétamine, les autorités observent une progression du trafic de cocaïne, notamment à travers la route lusophone reliant le Brésil aux pays de langue portugaise. Le fentanyl, un opioïde de synthèse particulièrement dangereux, fait également son apparition. Plus de cinq tonnes de cette substance auraient été saisies depuis le début de l’année 2026.La coopération internationale contribue néanmoins aux opérations de démantèlement des réseaux. Ces dernières semaines, six ressortissants mexicains soupçonnés de fabriquer des drogues dans un village proche de Maputo ont été extradés du Botswana.

Des substances, du matériel de fabrication et des précurseurs chimiques auraient été saisis sur le site. Quatre autres personnes d’origine mexicaine, également impliquées dans le trafic, ont été arrêtées au cours de l’année.Malgré ces opérations, les capacités de contrôle restent limitées. Le manque de scanners, d’unités cynophiles et de spécialistes complique la surveillance des frontières. Les trafiquants adaptent continuellement leurs méthodes, dissimulant désormais les stupéfiants dans des produits cosmétiques, des produits alimentaires ou encore des matériaux de construction.

La réhabilitation, un défi face à la progression de la toxicomanie

Au-delà de la lutte contre les réseaux criminels, le Mozambique doit également faire face aux conséquences sociales et sanitaires de la consommation de drogues. Les centres de réhabilitation accueillent un nombre croissant de personnes dépendantes, notamment des jeunes.En périphérie de Maputo, le centre REMAR accompagne des personnes engagées dans un processus de désintoxication et de réinsertion. Les pensionnaires participent à des activités telles que la menuiserie, la métallurgie et les travaux ménagers, en complément d’un encadrement religieux. Paulo Ferrao, responsable des relations publiques du centre, constate notamment une augmentation des cas de dépendance à la méthamphétamine. Pour lui, cette évolution témoigne de la diversification des substances proposées par les réseaux de trafic.Le témoignage de Flora Bonifácio, ancienne toxicomane en cours de rétablissement, illustre également l’ampleur des conséquences individuelles.

Commencée à l’âge de 16 ans, sa consommation n’a été découverte par sa famille que douze ans plus tard, alors que son état s’était fortement dégradé.Pour Antonio De Vivo, responsable du bureau de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) au Mozambique, l’augmentation des quantités de drogues disponibles sur les marchés locaux favorise leur accessibilité. La baisse potentielle des prix, particulièrement pour les drogues de synthèse, expose davantage les populations à faibles revenus, notamment les jeunes.Cette situation dépasse les frontières mozambicaines. En Afrique du Sud, le démantèlement de laboratoires clandestins impliquant des ressortissants mexicains révèle également l’implantation de réseaux internationaux de production de méthamphétamine. Une partie de cette production est destinée à des marchés étrangers, notamment en Australie.

Face à cette évolution, les autorités mozambicaines sont confrontées à un double défi : renforcer la surveillance des circuits de trafic et développer les dispositifs de prévention et de prise en charge des personnes dépendantes. Les spécialistes redoutent une aggravation durable du phénomène, dans un contexte où la production locale et la diversification des drogues pourraient encore accroître leur disponibilité sur le marché national.

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Myriane Djamegne

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