La cour criminelle du palais de justice de N’Djamena a rendu son verdict dans le procès du général Abdoulaye Miskine, poursuivi pour des faits remontant à 2002 et 2003. L’ancien chef de guerre a été reconnu coupable d’association de malfaiteurs, de sévices graves, de torture et d’assassinat. Ses trois coaccusés, reconnus complices de l’ensemble de ces infractions, ont été condamnés à dix ans de prison ferme.
La Cour a également condamné les trois coaccusés à verser solidairement 30 millions de francs CFA à chacune des parties civiles, pour un montant global inférieur à un milliard de francs CFA. Une décision qui satisfait les victimes sur le principe de la reconnaissance de leur préjudice, mais qui laisse un goût amer à leurs avocats, lesquels réclamaient 25 milliards de francs CFA de dommages et intérêts.
Les parties civiles entre soulagement et déception
Le procès, consacré à des faits commis il y a plus de deux décennies, s’inscrit dans une histoire mouvementée des relations entre le Tchad et la République centrafricaine. La procédure trouve notamment son origine dans une plainte portée par la Coordination des associations de la société civile et de défense des droits de l’homme (CASCIDHO), qui s’est constituée partie civile.
Les victimes et leurs représentants se sont dits « soulagés » par la condamnation d’Abdoulaye Miskine, estimant pouvoir désormais entamer leur processus de deuil. Leur avocat, Me Ahmat Adberhamane, se montre toutefois déçu par le montant des indemnisations accordées. Les parties civiles avaient sollicité 25 milliards de francs CFA, contre moins d’un milliard finalement retenu par la juridiction.
L’avocat regrette également que les accusés n’aient pas été jugés pour crimes contre l’humanité, alors que la juridiction saisie était, selon lui, compétente pour examiner cette qualification. Cette question alimente les critiques sur la portée du procès et sur la manière dont les responsabilités individuelles ont été établies.
Le chercheur Remadji Hoinathy s’interroge pour sa part sur le rôle joué par certaines organisations de la société civile dans cette procédure. Il estime que la CASCIDHO serait « alignée sur les positions de l’État » et qu’elle permettrait notamment au gouvernement de montrer qu’il « agit en faveur des droits de l’homme ».
Une condamnation contestée, la défense saisit la Cour Suprême
Au-delà du verdict, la durée de détention d’Abdoulaye Miskine avant son jugement soulève également des interrogations. L’intéressé est resté détenu près de sept ans au Tchad avant de comparaître devant la justice.
Selon Remadji Hoinathy, la circulation et l’utilisation politique de certains chefs de guerre entre le Tchad et la Centrafrique ne constituent pas un phénomène nouveau. L’apaisement des relations entre les deux pays aurait notamment pu ouvrir la voie à un transfert de prisonniers ou à une remise de Miskine aux autorités centrafricaines.La défense rejette pour sa part catégoriquement le verdict. Me Benjamin Mamgo Dibaye se dit « triste et déçu », estimant que la loi tchadienne n’a pas été correctement appliquée.
L’avocat affirme que, malgré ce qu’il considère comme un dossier vide, les juges « n’ont pas été courageux et ils ont fait le jeu de la politique ».Abdoulaye Miskine a déjà donné son accord pour contester la décision. Me Benjamin Mamgo Dibaye annonce ainsi le dépôt d’un recours devant la Cour suprême dès le jeudi 10 septembre 2026 au matin.
Le verdict de la cour criminelle ouvre donc une nouvelle étape judiciaire dans une affaire qui, au-delà des accusations de torture, de sévices et d’assassinat, continue de cristalliser les débats sur la justice, les droits des victimes et les rapports politiques entre N’Djamena et Bangui.




