Le Cameroun veut accélérer sa course vers l’accès universel à l’électricité. Le pays ambitionne de connecter environ huit millions de personnes supplémentaires d’ici 2030, avec pour objectif de porter le taux national d’accès à l’électricité de 74 % en 2025 à 100 % à l’horizon 2030. Cette ambition figure dans le Compact énergétique national élaboré dans le cadre de Mission 300, l’initiative conjointe du Groupe de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement visant à donner un premier accès à l’électricité à 300 millions d’Africains d’ici 2030.
C’est dans cette perspective que Harold Tavares, administrateur du groupe Afrique II de la Banque mondiale, a effectué une visite de l’aménagement hydroélectrique de Nachtigal avant d’être reçu par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba. Deux séquences qui ont permis d’évaluer les progrès enregistrés dans le secteur électrique et d’examiner les moyens d’accélérer l’extension de l’accès à l’énergie.
Le Compact énergétique prévoit notamment d’augmenter la capacité installée du pays pour atteindre 3 000 MW d’ici 2030, de moderniser et d’étendre les réseaux de transport et de distribution et de favoriser la mobilisation de 6,4 milliards de dollars d’investissements privés. Le document prévoit également de porter à 10 % la part des énergies renouvelables dans le bouquet électrique et d’améliorer l’efficacité énergétique.
Nachtigal, un levier majeur pour renforcer l’offre électrique
Au cœur de cette stratégie figure l’aménagement hydroélectrique de Nachtigal. D’une puissance installée de 420 MW, l’ouvrage implanté sur la Sanaga, à environ 65 kilomètres au nord-est de Yaoundé, constitue l’un des principaux investissements du Cameroun dans le secteur énergétique.La centrale doit produire près de 3 000 GWh d’électricité par an, soit environ 30 % des besoins énergétiques du pays selon les données publiées par EDF.
Elle est également reliée au réseau par une ligne de transport de 50 kilomètres jusqu’à Nyom.Lors de sa visite, Harold Tavares s’est dit impressionné par les installations et les infrastructures destinées à évacuer l’énergie vers le réseau. L’intérêt du projet ne se limite toutefois pas à sa capacité de production. Nachtigal constitue également un important projet de développement des compétences et de création d’emplois locaux.
Le projet avait notamment prévu jusqu’à 1 500 emplois directs au pic de la construction, avec une forte composante de recrutement local. Les données communiquées lors de la visite soulignent aujourd’hui que 95 % des employés de la centrale sont Camerounais, illustrant les retombées du projet sur les compétences nationales.
Le défi : transformer la production en accès universel
Si l’augmentation de la production constitue une condition indispensable, elle ne suffit pas à elle seule à garantir l’accès universel à l’électricité. Le principal enjeu consiste désormais à acheminer cette énergie vers les ménages et les activités économiques, notamment dans les zones rurales et insuffisamment desservies.Le Compact énergétique camerounais prévoit ainsi la poursuite de la remise à niveau du réseau de transport et le développement des infrastructures nécessaires à l’interconnexion avec les pays voisins à partir de 2028. Le gouvernement entend également développer des solutions d’électrification moins coûteuses et adaptées aux réalités des zones urbaines et rurales.
Cette approche s’inscrit pleinement dans la philosophie de Mission 300, qui repose à la fois sur l’extension des réseaux, les énergies renouvelables distribuées, les réformes du secteur électrique, l’amélioration des performances des opérateurs et la mobilisation de capitaux privés.L’ambition camerounaise est donc considérable : faire passer le taux d’accès à l’électricité de 74 % à 100 % en quatre ans et connecter environ huit millions de personnes supplémentaires.
Pour y parvenir, le pays devra simultanément accroître sa capacité de production, renforcer ses réseaux, améliorer la viabilité financière du secteur et accélérer les investissements.Nachtigal apparaît dans cette équation comme une pièce maîtresse. Mais l’objectif de 2030 se jouera au-delà de la centrale : dans les lignes de transport, les réseaux de distribution, les solutions hors réseau et surtout la capacité à faire parvenir une électricité fiable et abordable jusqu’aux populations encore privées d’accès.


