Face à la recrudescence des violences faites aux femmes et aux enfants au Cameroun, les organisations de la société civile appellent à une réponse législative mieux adaptée aux réalités sociales.
À l’occasion d’une communication tenue le 2 novembre 2026 à l’Hôtel des Députés, à Yaoundé, elles ont plaidé pour l’adoption de deux textes distincts : l’un consacré à la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG), l’autre dédié spécifiquement à la protection des enfants.Le débat porte sur l’évolution de l’avant-projet de loi initialement conçu pour lutter contre les violences basées sur le genre. Alors que le document issu des concertations d’Ebolowa, en février 2026, portait sur la protection des personnes victimes de violences liées au genre, les organisations ont appris, lors d’un atelier tenu à Mbalmayo en septembre dernier, que le texte transmis à la Présidence de la République avait changé d’orientation et d’intitulé. Il serait désormais question d’un projet de loi relatif à la protection des femmes et des enfants.Pour la société civile, cette nouvelle orientation pose un problème de fond. Les violences faites aux femmes et celles subies par les enfants ne reposent pas sur les mêmes mécanismes sociaux et juridiques.
Les premières trouvent notamment leur origine dans les inégalités structurelles entre les sexes, les rapports de pouvoir et les normes socioculturelles qui assignent des rôles différenciés aux hommes et aux femmes. Leur prévention suppose donc une transformation des mentalités et une remise en question des pratiques discriminatoires.La protection des enfants, en revanche, repose sur leur vulnérabilité particulière, liée à leur minorité et à leur dépendance vis-à-vis des adultes. Si ces deux problématiques nécessitent une réponse ferme de l’État, leurs fondements et les mécanismes de protection à mettre en œuvre ne sont pas identiques.
Féminicides : l’urgence d’un dispositif juridique spécifique
L’urgence d’une législation consacrée aux violences basées sur le genre est également justifiée par l’évolution des féminicides au Cameroun. Selon les statistiques présentées par les organisations, le nombre de femmes tuées dans des circonstances qualifiées de féminicides est passé de 56 en 2023 à 69 en 2024, puis à 74 en 2025. Pour l’année 2026, près de 70 cas auraient déjà été recensés à la date de leur communication.Ces chiffres illustrent, selon les signataires, la nécessité de renforcer l’arsenal juridique national. La mouture adoptée à Ebolowa prévoit notamment une incrimination spécifique du féminicide, des sanctions pour certains comportements insuffisamment couverts par la législation existante, ainsi que des mécanismes de prévention, de réparation et d’accompagnement des victimes.Le texte entend également renforcer la protection des défenseurs des droits des victimes et garantir une prise en charge plus équitable des personnes concernées, hommes comme femmes.
Pour les organisations, cette approche inclusive constitue l’un des acquis majeurs du processus de concertation.Elles rappellent par ailleurs que la société civile travaille depuis 2006 sur un avant-projet de loi relatif à la protection des enfants, déjà disponible dans les services du Premier ministre. Elles réaffirment leur soutien à l’adoption d’un tel instrument, tout en estimant qu’il ne devrait pas être fusionné avec le dispositif consacré aux violences basées sur le genre.Cette distinction permettrait, selon elles, de préserver la cohérence des deux politiques publiques et de construire des mécanismes juridiques adaptés à chaque catégorie de victimes.
Les organisations fondent également leur plaidoyer sur les engagements exprimés par le président de la République, Paul Biya, lors de sa prestation de serment du 6 novembre 2025, concernant la protection particulière dont devraient bénéficier les femmes au cours du septennat. Elles rappellent aussi les positions défendues dans son ouvrage Pour le libéralisme communautaire, où les injustices faites aux femmes sont présentées comme des atteintes à la Constitution et des entraves à la consolidation de la société démocratique.
À quelques jours de l’ouverture de la session parlementaire, leur demande est claire : reprendre les discussions sur la base de l’avant-projet consensuel d’Ebolowa et associer les représentants désignés de la société civile aux dernières étapes du processus législatif.
Au-delà de la revendication institutionnelle, les organisations défendent une conviction : la lutte contre les violences basées sur le genre nécessite une législation spécifique, ambitieuse et adaptée aux réalités camerounaises. Pour elles, l’enjeu n’est pas simplement de disposer d’une nouvelle loi, mais de garantir un véritable instrument de protection des victimes et de transformation sociale.


