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Cameroun -Pacte Agri-Connect : le pari de la transformation agricole face au défi des importations

Avec 1 100 milliards de FCFA à mobiliser sur la période 2026-2030, le Pacte Agri-Connect ambitionne de faire de l’agriculture un levier plus puissant de croissance et de souveraineté alimentaire au Cameroun. Mais entre la mobilisation des financements, la modernisation des exploitations et la réduction des importations, son succès dépendra surtout de sa capacité à transformer les engagements en résultats concrets sur le terrain.Le Cameroun veut changer d’échelle dans son développement agricole. La signature du Pacte Agri-Connect marque une nouvelle tentative de rapprocher les ambitions de souveraineté alimentaire des réalités économiques du pays.

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Le défi est considérable : produire davantage, transformer localement, créer des emplois et réduire la dépendance aux importations, tout en améliorant les revenus des producteurs.Le programme intervient dans un contexte paradoxal. Le pays dispose d’importantes terres arables, de conditions agroécologiques diversifiées et d’un tissu de producteurs présents dans plusieurs filières. Pourtant, certaines denrées de grande consommation continuent de peser sur la facture des importations alimentaires. Les difficultés d’accès aux intrants, au crédit, aux équipements et aux débouchés limitent également les performances de nombreuses exploitations.En misant sur huit chaînes de valeur et 24 interventions, Agri-Connect entend apporter une réponse coordonnée à ces contraintes. Sa pertinence repose sur une idée essentielle : la souveraineté alimentaire ne se résume pas à produire davantage. Elle suppose aussi de disposer des infrastructures, des financements et des débouchés permettant de conserver, transformer et commercialiser la production nationale dans des conditions compétitives.

De la production agricole à la création de valeur locale

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Le premier enjeu du Pacte réside dans le passage d’une agriculture essentiellement tournée vers la production primaire à un système agroalimentaire capable de générer davantage de valeur ajoutée.La sélection du riz, du maïs, du manioc, du palmier à huile, du soja, du cacao, du lait et du poisson traduit cette volonté de concentrer les ressources sur des filières présentant des enjeux économiques importants. Certaines sont directement liées à la consommation intérieure et à la réduction des importations. D’autres, comme le cacao, contribuent significativement aux recettes d’exportation et à l’entrée de devises.Le manioc illustre cette logique de transformation.

L’ambition de développer une production de 600 000 tonnes de farine de manioc vise notamment à réduire la dépendance aux importations de blé. Toutefois, cet objectif nécessitera davantage que l’augmentation des superficies cultivées : il faudra des unités de transformation performantes, des équipements adaptés, des normes de qualité, des circuits de distribution efficaces et une demande suffisante pour absorber la production.Le même raisonnement s’applique au riz et au maïs. L’augmentation des volumes produits ne garantira pas, à elle seule, la réduction des importations. Les producteurs devront pouvoir accéder à des semences adaptées, aux engrais, à la mécanisation, à l’irrigation et au financement de leurs campagnes. Les infrastructures de stockage et de transport devront également limiter les pertes après récolte.L’enjeu est donc de construire des chaînes de valeur complètes, depuis les exploitations jusqu’aux consommateurs et aux industries de transformation. C’est à cette condition que les investissements agricoles pourront produire des effets durables sur la balance commerciale, les revenus ruraux et les prix des denrées alimentaires.

Le financement, principal test de crédibilité

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L’ambition financière du Pacte est importante : 1 100 milliards de FCFA à mobiliser sur cinq ans. Mais une enveloppe annoncée ne signifie pas nécessairement que les ressources sont déjà disponibles.La crédibilité du programme dépendra de la capacité des pouvoirs publics et de leurs partenaires à préciser les sources de financement, les contributions respectives de l’État, des bailleurs, des banques et des investisseurs privés, ainsi que les modalités d’accès aux ressources pour les producteurs.Les petites exploitations, qui constituent une composante importante du tissu agricole, risquent de rester en marge si les mécanismes proposés sont trop complexes ou si les conditions de crédit ne correspondent pas à leurs capacités financières. Des dispositifs adaptés seront donc nécessaires, notamment des garanties de crédit, des financements saisonniers, des mécanismes de partage des risques et des solutions destinées aux organisations de producteurs.

Le secteur bancaire devra également être convaincu de la viabilité économique des projets agricoles. Cette confiance dépendra de la qualité des dossiers, de la prévisibilité des marchés, de la sécurisation des débouchés et de la maîtrise des risques climatiques, sanitaires et commerciaux.Le Pacte prévoit précisément un pilier consacré à l’écosystème financier. Sa portée sera déterminante : sans accès effectif au financement, les objectifs de modernisation des exploitations et de développement des unités de transformation pourraient rester limités.

L’emploi des jeunes et la souveraineté alimentaire à l’épreuve du terrain

Le Pacte Agri-Connect porte également une ambition sociale. Le développement des chaînes de valeur peut favoriser la création d’emplois dans la production, la transformation, le conditionnement, le stockage, la logistique et la commercialisation. Il peut ainsi ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes et aux femmes, à condition que ces activités soient rentables et offrent des revenus suffisamment attractifs.Dans les filières lait et poisson, les besoins sont particulièrement visibles. L’amélioration de la production nationale suppose des investissements dans les infrastructures, les équipements, la qualité des intrants et la conservation des produits.

Pour l’aquaculture, l’accès à des alevins de qualité et l’existence de circuits de commercialisation fiables seront essentiels. Dans la filière laitière, l’augmentation de la production dépendra notamment de la productivité des élevages, de l’alimentation animale, de la santé du cheptel et de la capacité à collecter et transformer le lait.Ces activités peuvent contribuer à réduire les importations et à renforcer l’offre nationale. Toutefois, elles ne produiront des résultats durables que si les produits locaux répondent aux exigences de qualité, de disponibilité et de prix des consommateurs.

La question de la gouvernance sera tout aussi importante. Les 24 interventions annoncées devront être assorties d’un calendrier précis, d’indicateurs mesurables et d’un mécanisme transparent de suivi. Il faudra notamment pouvoir évaluer l’évolution des rendements, les volumes transformés localement, les emplois créés, les financements effectivement décaissés et la réduction des importations dans les filières ciblées.Au fond, le principal risque d’Agri-Connect serait de devenir un cadre supplémentaire de planification sans changement suffisamment perceptible dans les exploitations et les marchés. À l’inverse, une mise en œuvre rigoureuse, associant les producteurs, les transformateurs, les banques et les collectivités territoriales, pourrait contribuer à structurer durablement le système agroalimentaire camerounais.

Le Pacte ouvre donc une possibilité réelle de transformation. Son succès ne se mesurera cependant ni au montant des financements annoncés ni au nombre de projets inscrits sur le papier, mais à sa capacité à faire progresser la production nationale, à améliorer les revenus des agriculteurs, à créer des emplois décents et à réduire effectivement la dépendance alimentaire du Cameroun.

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Myriane Djamegne

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