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Sénégal : l’exploration pétrolière change d’échelle avec cinq nouveaux blocs offshore

Le Sénégal poursuit l’élargissement de son potentiel pétrolier et gazier. Dakar vient de franchir une nouvelle étape avec la signature d’un protocole d’accord avec le groupe italien ENI pour l’évaluation de cinq blocs offshore situés dans la zone du Sine Saloum, à proximité du champ de Sangomar. Une opération qui traduit la volonté des autorités sénégalaises d’intensifier l’exploration tout en s’appuyant davantage sur des partenaires internationaux capables de supporter les coûts et les risques liés à l’offshore.

D’une durée initiale de trois ans, l’accord prévoit qu’ENI conduise, à ses frais, les études géologiques et géophysiques nécessaires à l’évaluation des cinq blocs. L’entreprise devra notamment exploiter les données sismiques 2D et 3D afin de déterminer la configuration du sous-sol et d’identifier d’éventuelles structures susceptibles de contenir des hydrocarbures.Il ne s’agit donc pas encore d’un permis d’exploitation. L’enjeu est d’abord de déterminer si les zones concernées présentent un potentiel commercial en pétrole ou en gaz. Une distinction importante dans une industrie où l’exploration offshore exige des investissements considérables sans garantie de découverte.

Miser sur les partenaires privés pour réduire le risque exploratoire

Pour le Sénégal, l’accord avec ENI répond à une logique économique autant qu’énergétique. Les opérations d’exploration en mer nécessitent en effet d’importants moyens financiers, notamment pour l’acquisition et l’interprétation des données sismiques.

En confiant cette première phase à un acteur international qui en assume les coûts, Dakar limite son exposition financière tout en accélérant l’évaluation de nouvelles zones.Selon Dr Babacar Kebe, chercheur à l’Institut national du pétrole et du gaz du Sénégal, cette approche permet au pays de se décharger d’une partie des coûts particulièrement élevés de l’exploration offshore, tout en poursuivant l’extension de son domaine exploratoire.La proximité géographique avec Sangomar donne par ailleurs un intérêt particulier à ces cinq blocs. Le champ, déjà en production, constitue une référence concrète du potentiel pétrolier de cette partie du bassin sénégalais. Les données officielles indiquent qu’il a produit 36,2 millions de barils en 2025.

L’évaluation des nouveaux blocs ne signifie toutefois pas qu’une découverte est acquise. Les études sismiques doivent d’abord permettre de déterminer la présence éventuelle de structures géologiques favorables. Ensuite seulement, des campagnes de forage pourraient confirmer ou infirmer l’existence de ressources techniquement et économiquement exploitables.Cette démarche illustre ainsi une stratégie fondée sur la réduction progressive du risque : mieux connaître le sous-sol avant d’engager des investissements beaucoup plus lourds dans le développement d’éventuels gisements.

De la découverte de ressources à la maîtrise nationale de la chaîne pétrolière

Au-delà de l’accord avec ENI, la démarche s’inscrit dans une politique plus large de repositionnement du Sénégal dans le secteur des hydrocarbures. Le pays ne cherche pas seulement à augmenter ses réserves potentielles ; il entend également renforcer la capacité de sa société nationale, PETROSEN, à participer à la maîtrise et au développement de ces ressources.Le ministre de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, affirme ainsi vouloir attirer des partenaires de premier plan tout en renforçant PETROSEN, afin que l’entreprise nationale occupe une place croissante dans le développement des ressources pétrolières et gazières.

Cette orientation prend une dimension particulière alors que Dakar vient d’annoncer l’ouverture à la prospection de 109 des 113 blocs pétroliers et gaziers du pays. Le signal adressé aux investisseurs est donc celui d’un élargissement significatif de l’espace disponible pour l’exploration.L’accord avec ENI apparaît dès lors comme une opération à la fois ciblée et révélatrice d’une stratégie plus vaste. Ciblée, parce qu’elle concerne cinq blocs dont le potentiel doit encore être établi.

Révélatrice, parce qu’elle intervient au moment où le Sénégal cherche à multiplier les opportunités d’exploration et à attirer des opérateurs internationaux.Le véritable enjeu se situera toutefois à l’issue de cette phase d’évaluation. Si les données géologiques et géophysiques confirment un potentiel commercial, le Sénégal devra alors franchir une nouvelle étape : transformer les éventuelles découvertes en projets économiquement viables, tout en veillant à renforcer la participation nationale dans la chaîne de valeur.

L’exploration des cinq blocs du Sine Saloum constitue donc moins une annonce de nouvelles réserves qu’une opération de recherche destinée à préparer la prochaine étape du développement pétrolier sénégalais. Elle témoigne d’une volonté de continuer à explorer, mais aussi de répartir les risques entre l’État et les partenaires internationaux, dans un secteur où la connaissance du sous-sol constitue le préalable à tout investissement majeur.

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Myriane Djamegne

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